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hameau de Montcalmès - Hérault
FranceMade In Hérault

Les Caus(s)es de la ruine

hameau de Montcalmès - Hérault

Nous sommes le 1er octobre, un nouveau rendez-vous #EnFranceAussi se présente, et ce mois-ci, c’est Alexandra du blog Itinera Magica qui a choisi le thème « Ruines » comme axe de découverte.

Pour l’occasion, je vais vous balader au fin fond des causses héraultaises, aux alentours de Puéchabon, dans un des plus vieux villages du département, aujourd’hui, en ruine.

On attend souvent parler des gorges de l’Hérault, mais nous connaissons mal la nature à travers laquelle la rivière s’écoule. Pourtant inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre de l’agropastoralisme, le territoire Causses et Cévennes est un terrain de jeu exceptionnel pour les randonneurs. Et, bien que Puéchabon ne soit que la porte d’entrée de cet espace, les paysages n’en restent pas moins remarquables, et son Histoire pas moins passionnante.

Nous étions déjà venus dans le coin faire du canoë, mais en dehors d’un stop-crêpe à Saint-Guilhem-Le-Désert, nous n’avions pas vu grand-chose des environs. Ce n’est que lorsque je me suis penchée sur le sujet « Ruines » que les Causses sont revenus dans nos plans de visite.

Jusqu’au dernier moment, et l’apparition du premier panneau, Jac restera sceptique sur mes indications (J’avoue, on était complètement perdu !). Notre but : un hameau abandonné sur le causse de Montcalmès. Je ne vous cache pas que si je n’avais pas lu quelque part sur la toile qu’il se situait après le hameau de Lavène (que Google connaît), nous serions toujours en train de chercher !

Nous garons notre voiture à côté d’une bergerie, au bout de la route goudronnée, et nous continuons à pied vers les hameaux.

Ici commence la randonnée.

sentier de randonnée du hameau de Montcalmès

Malgré l’automne qui s’installe doucement, il fait chaud ce jour-là sur les chemins blancs du causse.

Pendant 10 minutes, nous suivons la route, tantôt composée de cailloux, tantôt goudronnée, et pas toujours accueillante ! ^^

sentier de randonnée du hameau de Montcalmès (Hérault)

Au sommet d’une côte (interminable – vous diront mes filles), nous voyons apparaître les premières constructions du hameau de Lavène.

Ici commence l’Histoire.

Tout au long de la balade, les promeneurs peuvent découvrir le passé de ce territoire grâce à un ensemble de petits panneaux explicatifs.

Les maisons du hameau de Lavène sont représentatives de l’architecture caussenarde : une architecture intelligente en harmonie avec la nature. Les murs en pierre sont épais, et les bâtisses s’élèvent systématiquement sur 3 niveaux. Le rez-de-chaussée, voûté, accueille la bergerie : la pierre emmagasine la chaleur dégagée par les animaux et la restitue à l’étage supérieur dans les pièces d’habitations. C’est le chauffage par le sol avant l’heure !

Chaque maison est également dotée de citerne, aménagée au rez-de-chaussée ou au sous-sol, puisque sur le plateau, l’eau ne vient que du ciel… L’électricité et l’eau courante ne sont arrivées au hameau de Lavène qu’en 1998 !!

Aujourd’hui une ou deux maisons sont encore habitées, mais les derniers troupeaux de brebis ont disparu en 2010.

Passés les seuls bâtiments qui tiennent encore debout, l’ambiance se fait fantomatique… On imagine facilement cette vie simple, coupée de tout ou presque, organisée autour des bêtes et de la terre. Et c’est avec beaucoup d’émotions que nous faisons le tour des derniers témoignages de cette époque.

Nous laissons derrière nous les maisons de Lavène, et nous continuons notre avancée dans la garrigue.

Rapidement, nous découvrons un plan d’eau un peu particulier : une lavogne.

Comme je vous l’ai dit, il n’y a aucune source d’eau sur le causse de Montcalmès ; aussi, les bergers creusaient-ils ces minis lacs artificiels dans un sol argileux (et donc imperméable) pour les bêtes. Celle-ci, nommée le lac neuf, fut construite (ou rénovée) en XIXe siècle : le fond a été empierré pour en renforcer l’étanchéité.

lavogne sur le sentier de randonnée du hameau de Lavène (Hérault)

Il faut bien compter 45 minutes de marche entre le hameau de Lavène et celui de Montcalmès. Nous continuons donc notre balade, en priant pour être sur le bon chemin, les derniers panneaux ne mentionnant plus le lieu recherché. Mais finalement, nous atteignons notre but : le fameux village abandonné. Mais quelle ne fut pas notre surprise, en nous apercevant qu’il n’était plus abandonné !!

Une heure de marche pour fouiller des ruines, et les ruines ne sont plus !! #Scandale

Les deux premières maisons du hameau sont en cours de rénovation. C’est à la fois une joie de voir que ce lieu revit, mais aussi une petite déception de ne pas trouver un passé figé au cœur de la nature.

Vous avez vu le symbole au-dessus de la porte ? 

Avant de vous faire pénétrer dans les entrailles de Montcalmès, je me dois de vous conter son Histoire.

La présence d’un castrum à Montcalmès est attestée dès le VIIIe siècle. Bien qu’il ne reste aucun vestige architectural de ces premiers édifices, de nombreux textes appuient l’existence du village dès le Haut Moyen-Age, avant même la fondation des villages d’Aniane et Puéchabon (les 2 plus gros villages des alentours).

Pendant de longs siècles, la vie va rester inchangée sur le causse. Au cours de la marche, on découvre des métiers qui ont tous joué des rôles importants dans l’Histoire des villages de la région.

  • Les ruscadiers : ce sont les hommes qui, au printemps, prélevaient l’écorce des chênes verts pour les tanneries locales, où là-bas on en extrayait le tanin pour le travail de la peau. Le village d’Aniane était très réputé pour son cuir, et notamment pour ses chaussures.
  • Les débourdaïres : (je sais vous avez eu du mal à le prononcer ! Quel mot barbare, il ne pouvait pas dire « bûcheron » comme tout le monde les Caussenards !?) ce sont des bûcherons ^^… mais un peu particulier puisqu’ils utilisaient une…. débourdaïde (oui je sais, c’est encore plus dur à prononcer !) : une sorte pioche-hache qui permettait d’arracher les souches et les racines, mais pas complètement, de sorte que l’arbre puisse repousser (c’est que j’ai ouï dire – je laisse le soin à un spécialiste des débourdaïdes de préciser la description de cet instrument). Le bois du plateau était particulièrement réputé pour sa belle qualité, dense et dur.
  • Les charbonniers : Sur le causse, le chêne vert est présent en masse, et pour cause, les hommes ont veillé à son bien-être pour en tirer le meilleur profit. L’arbre, coupé tous les 20 ans, produit un charbon de qualité. Dans une clairière, les charbonniers formaient avec les rondins de bois sur sorte de meule qu’ils recouvraient de terre puis de rameaux (afin de limiter l’entrée d’oxygène) avant d’y mettre le feu. La combustion durait 4 à 5 jours, surveillée en permanence, afin d’éviter que ce ne soit le causse dans son intégralité qui prenne feu ! Le charbon était ensuite mis en sac et vendu. Le petit bois, lui, était destiné aux fours de potiers, et notamment à ceux de Saint-Jean-de-Fos, qui possède une tradition de la poterie remontant au XVe.

Bon, je n’ai point de photo de débourdaïde à vous montrer, mais j’ai quelques clichés sympas des maisons des ruscadiers à vous proposer !! 🙂

Son isolement, loin des principaux axes de déplacement, et la pauvreté des ressources en eau ont vite eu raison des habitants du hameau. L’exode vers le village de Puéchabon va commencer dès XIIe siècle, mais Montcalmès restera tout de même habité jusqu’au XIXe siècle.

Vous connaissez à présent les caus(s)es de la ruine. [Applaudissement pour le jeu de mot]

 dance friends applause joey good job GIF

[Merci]

Longtemps abandonné à la nature, il est aujourd’hui en voie de renaissance comme vous l’avez vu. Et, malgré l’absence d’eau et l’électricité, je ne vous cache pas, que Jac s’y voyait déjà dans sa petite maison caussenarde… (Je ne suis à l’abri de rien !!)

Nous avons continué un peu le chemin pour prendre le goûter à l’ombre des chênes. Cette petite avancée supplémentaire nous a permis de découvrir une seconde lavogne, celle-ci aménagée dans un dénivellement de terrain et retenue par un muret… On croirait presque voir une fontaine ou un lavoir.

lavogne - hameau de Montcalmès - Hérault

Les filles ayant les « jambes molles », nous n’avons pas pu aller plus loin. C’est un petit regret puisqu’au bout du chemin se trouve le belvédère du berger, qui offre une vue exceptionnelle sur Saint-Guilhem-Le-Désert et le cirque de l’Infernet… je n’ai donc pas de photo spectaculaire à vous présenter, ayant rebroussé chemin à moins d’un kilomètre du vistapoint [petit bonhomme blasé].

Nous avons alors refait le chemin en sens inverse, appréciant cette nature dont maintenant nous connaissions tous les secrets (enfin quelques-uns). Ce fut une belle balade, et j’espère y retourner bientôt, et aller jusqu’au bout !

AVERTISSEMENT

Les terrains traversés tout au long de cette randonnée sont des propriétés privées, le passage est bien entendu toléré, et pour que cela le reste, merci de respecter les lieux, et de ne pas sortir des sentiers balisés. Il est plus que tentant de jeter un œil aux ruines. Faites-en le tour prudemment, mais ne rentrez dans les bâtiments sous aucun prétexte. Pour rappel, le mot RUINE signifie : Édifice détruit, délabré, écroulé… qui est donc susceptible de vous tomber sur le museau à tout instant.



Pour continuer la balade

Vous pouvez visiter le joli village médiéval de Puéchabon, ou pousser jusqu’à Saint-Guilhem-Le-Désert, mon nouveau village préféré au monde. 🙂

Saint-Guilhem-Le-Désert
Place de Saint-Guilhem-Le-Désert


Les caus(ses) de la ruine - Découverte du Hameau de Montcalmès dans l'Hérault par Fish & Child(ren)



Cet article participe au RDV #EnFranceAussi

organisé par Sylvie, du blog Le Coin des Voyageurs

Aimer c'est partager !

44 comments
  1. Itinera magica

    Ah quel régal de retrouver avec toi les Causses, lavognes, etc, tant aimées en Aveyron ! Je kiffe aussi l’Hérault !
    Ta photo de la voûte en pierres dorées est sublime. J’adore ces ruines. On est frustrés du Point de vue de ouf sur St Guilhem là ;)) Super article !

  2. Famille "France-trotteuse"

    Magnifique cette balade. Je tire mon chapeau aux nouveaux venus qui vont vivre à l’isolement du reste du monde. Même si bien souvent je rêve de me retirer loin de la ville et de son tumulte si je tape PapaTrotteur de venir élever des chèvres au fin fond du Larzac j’avoue que j’aurai du mal à faire sans eau, électricité et surtout internet 🙂 !! Nous avons des amis qui habite non loin de St Guillem à Montpeyroux précisément. Ils nous ventent la beauté de leur coin, va donc falloir qu’on vienne vérifier tous ça par nous même 🙂

  3. Alex

    C’est magnifique ! je me rends compte que je connais tellement peu ce côté de la France. J’adore ces villages abandonnés, ces ruines, ces maisons de pierres, ces restes de fortifications… il y a une ambiance tellement particulière. J’adore cet article, merci pour cette belle découverte que je m’empresse de noter sur mon carnet pour une future visite 🙂

  4. chachaaventuriere

    J’adore quand tu m’emmène en balade, je sais pas s’il y a avait des grillons mais en tout je me les suis imaginée et ta balade était encore plus belle

    1. mitchka

      et bien c’est une bonne question. Je ne me souviens pas avoir entendu des grillons, faudra que je demande à Jac…mais enfin je suis ravie que la balade t’ait plu

  5. Mart'In Trip

    Chouette visite! c’est bien que le hameau se repeuple mais je comprends ta déception. J’avoue que si j’avais un homme bricoleur j’irai bien m’enterrer dans un lieux comme ça, retaper des baraques et en faire des gîtes. MAis pour ça, faut des pépettes, et un mec bricoleur…. 😀 Le jour où je viens dans ton quartier tu pourras m’y amener!!??

  6. Olivia Mahieu

    Oh mais Puéchabon était le thème de mon dernier sujet #EnFranceAussi !! Décidemment, ce petit village a beaucoup de succès 🙂
    Il aurait été amusant de traiter des mêmes ruines 😉
    Très jolie balade, j’irais la faire bientôt en famille !!

  7. Pierre

    Très sympa cette balade ! L’eau courante et l’électricité en 1998 ?! J’imagine que pour la 4G faudra attendre des décennies ? 🙂 En tout cas, de jolies photos qui invitent à la découverte de ces belles ruines, merci !!

  8. Benoît

    Chouette balade qui donne envie (tu me dis randonnée et petits villages, je suis sur les starting-blocks) ! Je sais maintenant ce que sont ces petites étendues d’eau toute ronde qui ont pas l’air naturelle 🙂 ! En tout cas, elle n’ont pas l’air d’héberger de poissons ces lavognes ; point de craintes pour l’installation aux alentours ;). Chouette article Mitchka !

    1. mitchka

      Effectivement, le coin manque cruellement de poissons, c’est un soucis, et je pense que cela la ferait abandonner rapidement toute idée sérieuse d’installation 🙂

  9. Mathilde

    Tres joli balade, tu m’as donné envie de retourner dans les Cévènnes ! Je trouve ça fou que leau et l’électricité ne soit arrivées qu’en 1998 !! Du coup ça n’a pas l’air d’avoir servi très longtemps car on a l’impression que les maisons sont abandonnées depuis pas mal de temps !

    1. mitchka

      Oui. Il n’y a qu’au premier hameau, celui de Lavène qu’il y a l’eau et l’électricité. Nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer les nouveaux habitants de Montcalmès (j’aurais bien aimé), je ne sais pas comment ils s’organisent du coup …

  10. Lucie - L'occhio di Lucie

    Rah tes photos sont sublimes ! J’ai de la famille à Puéchabon et j’ignorais qu’il y avait ces ruines non-loin. Pour les débourdaïres, tu vas voir, quand t’auras pris l’accent héraultais ça ira mieux pour le prononcer 😛

  11. Sabrina

    Superbe! Ces lieux comme ça figé dans le temps sont si beau, si précieux. On en regretterait presque le fait que des gens reviennent y vivre.
    Tes photos sont superbes. Me répète hein mais c’est vrai.
    Bise des Parigots.

  12. 1916kilometres

    Une belle balade rustico-mélancolique sur les traces d’un mode de vie qui n’existe plus. Moi j’aime bien que ça ait été un peu réhabilité quand même ! A quand le we #EnFranceAussi dans votre nouvelle bicoque ???

  13. sylvierandos

    Ah super, j’adore ! Je me verrai tout à fait bien faire cette rando, le seul hic c’est que ce n’est malheureusement pas la porte à côté, snif ! Je ne peux m’empêcher par contre de m’interroger sur l’avenir de ces ruines (et de nombreuses autres ruines par la même occasion) : mais que vont-elles devenir ? Tout ça va-t-il s’écrouler pour qu’il ne reste plus que quelques pierres éparpillées ici et là ? En tout cas ces ruines là sont particulièrement belles et pleine de charme, merci pour la découverte !

    1. mitchka

      Merci Sylvie. Je ne sais pas trop quoi penser de leur avenir. Une partie est en train d’être rénovée, l’autre s’enfonce dans la nature. Je ne sais pas… le site mériterait qu’on s’occupe de lui, mais ce sont des propriétés privées donc je suppose que c’est compliqué

Un commentaire = un gâteau au chocolat (non c'est pas vrai mais laissez nous un petit mot quand même)