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carnaval de venise
Italie

Venise, la nostalgie du dernier voyage

carnaval de venise

Je préfère vous avertir tout de suite, ce texte n’est pas terrible. J’avais en tête un récit épique et coloré d’un voyage à Venise ensoleillé. Mais, à la relecture, je ne trouve qu’un texte nostalgique et décousu, à l’image de mes sentiments. 

Depuis des mois, je cours après le temps, je sautille toujours plus vite sur des galets mouvants, sur une rivière trop large dont je ne vois toujours pas le rivage. Je suppose que nous sommes nombreux en ce moment à sautiller contre le vent, essayant de maîtriser en vain un destin demi-volé au printemps. 

Je ne me plains pas, je constate. Construire un projet professionnel, vivre une nouvelle relation amoureuse pleinement, profiter de sa famille comme on l’entend, autant de choses qui composent nos vies, qui sont pour beaucoup en suspens.

Si mon texte est décousu et nostalgique, et peut-être même un peu chiant, c’est à cause de tout ça. Merci de vous plaindre au corona (je l’appelle par son petit nom juste pour faire la rime – ne perdons pas le sens de l’essentiel). 

Alors, vous me direz pourquoi venir ici, déposer un texte incohérent sur un voyage, dont tout le monde se fout ? 

Et bien, parce que j’en ai envie. Et c’est bien là l’essence d’un blog. 

Oui, j’ai envie, en cette journée inutile de novembre, de vous parler d’un voyage en Italie, mon dernier voyage hors de nos frontières. Un séjour à Venise, en plein carnaval, avec mes filles et deux amies, Solène et Laurie.

Cinq jours, entre filles, dessinés le long des canaux vénitiens, et décidés au bord d’un canal sétois. Alors que le « Pechistan » s’était transformé en « Agdistan », Solène et moi attendions un bateau-bus à Sète, lorsque, sourire en coin, elle me dit « Bon, je sais que ce n’est pas pareil, mais ça me fait penser à Venise… je n’y suis jamais allée, mais je réfléchis à y aller pour le prochain carnaval »

Nous étions le dernier week-end du mois d’août, il faisait 35 °C sur l’Hérault, et je recevais chez moi la seule personne, qui, comme moi quelques jours plus tôt, réfléchissait à aller à Venise en février.

Aller au carnaval de Venise, j’y pensais depuis des années, j’y pensais très exactement depuis mes 14 ans ! C’était pendant l’hiver 1996 (attention, il y a du Dickens dans l’air), je rentrais d’un voyage scolaire en Angleterre, quand, à l’aéroport, j’ai entendu notre professeure d’anglais dire qu’elle prenait immédiatement un autre avion pour aller au carnaval de Venise. Je me souviens d’avoir trouvé ça extraordinaire, mais surtout je me souviens de me dire qu’il était donc possible d’aller au carnaval de Venise ! Dans ma petite tête mal faite d’adolescente, le carnaval de Venise appartenait aux Vénitiens. Il ne me venait pas à l’idée qu’on puisse y assister en tant que touriste… Mais, à partir de ce moment-là, ce devint un petit rêve rangé au fond de mon hippocampe.

Débordantes d’enthousiasme, il ne nous fut pas plus de 48 h à Solène et moi pour proposer le voyage à une de nos amies communes, prendre nos billets d’avion, et réserver un logement. 

Le mardi 4 septembre 2018, nous étions fin prêtes à passer 5 jours à Venise en février.

Haut les masques à Venise

C’était mon troisième séjour à Venise. Du premier, il ne me reste que l’image d’un bateau dans la brume. En effet, à cette époque, je pouvais encore compter mes années sur une seule main.

Le deuxième voyage, je vous l’ai déjà raconté ; c’était en plein mois d’août, et pourtant nous avions eu la sensation que la sérénissime n’appartenait qu’à nous

J’abordais ce nouveau voyage avec un plaisir d’enfant, mais je restais quand même un peu effrayée à l’idée de trouver une ville suffocante, et étouffante, à cause du carnaval. Mais encore une fois, Venise sut me surprendre.

Joujou ou l’art de prendre la pose

La journée de voyage avait été longue, mais elle n’empêcha pas Joujou de se lever avant le soleil. Sa sœur et nos camarades d’aventure ayant besoin de repos, je décidais de l’emmener en balade dans la brume matinale.

Quel bonheur de retrouver Venise au saut du lit, comme je l’avais découvert trois ans auparavant. Les livreurs s’enfoncent dans des ruelles trop étroites, les vieux de la vieille s’esclaffent devant un café trop serré, il règne alors une sérénité enveloppante, exacerbée par la beauté de chaque pierre, de chaque moulure.

Quelques heures plus tard, c’est à cinq que nous partions à l’aventure. Aucune de nous n’avait pris la peine de se renseigner vraiment sur la façon vivre le carnaval pleinement. Nous avons donc marché au petit bonheur, suivant les ruelles et les canaux les plus inspirants. C’est ainsi que nous sommes arrivées sur la place Saint-Marc en milieu de matinée.

La célèbre place était loin d’être bondée, mais elle était habitée par des masqués en demande d’attention. La principale activité d’un masqué est de se montrer et de poser pour les touristes que nous sommes.

Si cela peut donner la sensation d’une attraction de foire, c’est un vrai plaisir d’admirer les costumes et les efforts fournis pour chacun d’entre eux.

Ce matin là, comme presque tous les autres matins du séjour, Joujou avait revêtu sa plus belle robe, et, ce fut avec un naturel presque effrayant, qu’elle se plia à ce petit jeu. Émerveillée par ses rencontres masquées, elle voulut être prise en photo avec tous. Et tous se plièrent à sa demande avec plaisir

Je crois que de nous cinq, c’est ma petite Julia, du haut de 4 ans et demi, qui sut le mieux profiter du carnaval. 

masqués de venise

Pendant les quatre jours qui ont suivi, nous avons déambulé sans jamais vraiment savoir où nous allions. Chaque recoin de Venise est un voyage en lui-même, et je ne crois pas qu’on n’ait besoin de plan pour en profiter. 

Nous avons enjambé les ponts, flâné au bord de l’eau, profité des cafés, et des quelques rayons de soleil qui arrivaient à percer, nous avons été jalouses de ceux qui avaient osé se déguiser, nous avons regretté de ne pas avoir emporté des costumes. Car au-delà du folklore, il y a une forme de liberté qui transpire dans le carnaval de Venise, et dans la fête de carnaval en général.

Le carnaval, une bulle de respiration

L’origine du carnaval de Venise remonte au Xe siècle : la veille du carême, les Vénitiens faisaient tomber toutes les barrières sociales pour devenir le temps de quelques heures un personnage de la Commedia dell’arte avant d’attaquer de longues semaines de privation.

Bien sûr le carnaval a évolué, il est passé par toutes les couleurs de l’humanité, et aujourd’hui, c’est principalement un jeu de touristes (je ne peux compter combien de fois nous avons entendu parler français – ou français avec l’accent belge – derrière un costume), qui paient très cher pour se faire croire qu’ils appartiennent à une société secrète (dans les 500 € pour rentrer dans une soirée privée). Mais, je ne peux m’empêcher de croire qu’il y a aussi là-dedans une sorte de bulle de respiration pour les adultes nostalgiques de leur liberté enfantine

Nous avions parlé avec Solène et Laurie de prendre des déguisements, mais nous n’avons pas osé, parce que rongées, comme presque tous les adultes, par la peur du ridicule. Or, aujourd’hui, aucun de nous ne sait quand il pourra respirer de nouveau ailleurs que devant sa porte, et je regrette que sur ces photos de mes filles à Venise, ce ne soit pas moi derrière le masque.

Pour Joujou et Nounou, le carnaval de Venise est un souvenir incomparable à aucun autre. Se balader dans Venise est déjà un plaisir immense pour les enfants (j’ai pu le constater à deux reprises) : l’absence de véhicule en fait un lieu idéal pour courir dans tous les sens sans se retenir. Enjamber des ponts, observer le passage des gondoliers, prendre des bateaux pour se déplacer, rêver devant les façades de contes de fées… le décor vénitien est en soi magique pour un enfant. Et, en plein carnaval, c’est un émerveillement continu. 

Venise, seul au monde (encore)

Quand, en 2016, nous nous étions arrêtés à Venise en plein mois d’août, nous avions été surpris de découvrir une ville tout à fait respirable, en dehors du quartier de la place Saint-Marc. J’avais en tête que Venise, par sa petite taille, débordée de monde sur l’ensemble de ces terres émergées (et submergées), et nous avions constaté qu’il était assez facile de quitter la foule.

Pendant le carnaval, il en fut de même. En témoignent nos longues balades dans la Cannaregio ou dans les quartiers du Castello et les jardins de la Biennale. Ici, les touristes passent au loin, et les Vénitiens semblent y avoir encore la paix.

Burano, toutes les couleurs de l’île pour nous

Au matin du 3e jour (du 4e, je ne sais plus), j’ai levé la maisonnée à l’aube.

Mon objectif : découvrir Burano avant que la foule ait bu son café.

Je ne vous cache pas que ma motivation matinale n’a pas été du goût de tout le monde sur le moment, mais elle reçut tout de même les applaudissements (oui, oui, les applaudissements et une reconnaissance éternelle), quand une fois sur l’île, nous pûment jouir des couleurs de Burano seules au monde.

Je vous livre d’ailleurs ici mon meilleur conseil : pour profiter d’un voyage, levez-vous.

C’est difficile de quitter Burano. On se rend compte en déambulant dans ses ruelles à quel point la couleur nous rend joyeux. Nous ne pouvons nous empêcher de nous questionner sur le pourquoi des maisons marron ou grises qui habillent tristement nos villes. C’est à se demander si les élus et les bâtiments de France ne nous imposent pas des couleurs chiottes juste pour nous déprimer.

Je me suis vue vivre à Burano, dans une maison rose ou bleu ou rouge, écrire toute la journée des proses sur la vie dans la lagune et ses turpitudes… Mais je doute d’en avoir un jour les moyens ! Et si c’était le cas, je doute que je supporte de vivre dans un village flottant ! (On doit sévèrement rouiller…) Mais la rêverie est bien le principal intérêt d’un voyage, non ?

C’est donc les yeux embués de couleurs primaires que nous avons repris le ferry.

Après une halte à Murano pour découvrir les si célèbres souffleurs de verre de la sérénissime, nous sommes rentrées tranquillement dans nos appartements, et nous avons repris nos errances vénitiennes là où nous les avions laissé.

Nous avons profité du séjour jusqu’au dernier moment, visitant le palais des Doges quelques heures avant de monter dans l’avion, avalant une dernière pizza sur le chemin de la navette.

J’entends encore les roulettes de ma valise raisonner le long du Rio dei Mendicanti, un écho qui me rappelle ce sentiment de tristesse qui m’a envahi à l’idée de quitter Venise.

À ce jour, le carnaval de Venise est notre dernier voyage, une chance immense. 

Venise en vrac

Pour avoir la version de Laurie, c’est sur le blog Nomaditude, et pour avoir des renseignements pratiques, et une vision bien plus fouillée de Venise, je vous conseille vivement la lecture du blog de Lucie : L’occhio di Lucie

THE END

12 comments
  1. Lili

    Encore un billet où tu réussies à me donner des envies de Venise. Et je pense que mes enfants auraient trouvé ce carnaval également merveilleux, ils savent souvent profiter largement des escapades. Bisou !

  2. LaDivia

    Finalement, tu l’as sorti assez vite ce nouvel article ! Je rêve de retourner à Venise, que j’avais découverte en voyage scolaire (quelle chance j’avais). Pas sûre d’y aller pendant le carnaval, vu la foule (je n’imagine même pas le prix de l’hébergement), même si ça doit être une expérience à vivre ! Pour avoir discuté avec des gens qui y participent chaque année, je reste en admiration devant les costumes, qui leur valent des centaines d’heures de travail.

    1. mitchka

      En s’y étant pris début septembre pour février, on a trouvé un hébergement abordable très facilement. On a payé 100 € par tête pour 5 nuits, à 10 minutes à pied de la place Saint-Marc, j’étais la première surprise ^^. L’appartement n’était pas franchement cosy, mais c’était suffisant. Et on trouve des restos très abordables (bien moins cher qu’à Paris) assez facilement aussi. Il ne faut juste pas rester dans la quartier de San Marc.
      La foule, ça dépend des horaires et des quartiers. Nous, on en a pas vraiment souffert, on y échappe facilement si on ne tient pas absolument à assister à telle ou telle animation.

  3. Alaindici

    Merci pour cet article prompt à me donner mauvaise conscience !
    Moi aussi je suis déjà allé à Venise, deux fois même. Bon, la première remonte à plus de 20 ans et je ne faisais guère de photos à cette époque, ni ne prenait de notes. Mais ce fut magique. Mois de février, arrivée à Venise sous la neige, découverte depuis la lagune, c’était très beau ! Trois jours sur place, et le dernier coïncidait avec le 1er jour du Carnaval. Autant dire que nous y avons vu les splendides costumes et masques. Le premier jour du Carnaval, il y avait tellement de monde, une foule tellement dense sur la place Saint-Marc qu’il était impossible, ou presque, de la traverser. Nous avons dû jouer des coudes pour nous frayer difficilement un chemin. Mo, qui n’aime pas la foule, a même pris peur. Est-ce toujours ainsi ?
    La seconde fois est plus récente : début 2019 mais pas en période de carnaval. Nous avons à nouveau été subjugués par cette ville. Pas d’article pour le blog (je ne prends toujours pas de notes et la mémoire n’est plus ce qu’elle était), pas encore à ce jour, toujours remis au lendemain, la paresse quoi ! Et pourtant je fais de la photo plus assidûment ; j’ai même une série photo faite à Burano. Tiens, c’est une idée de montrer ça, je vais peut-être m’y mettre.
    Merci donc de me réveiller.

    1. mitchka

      Merci pour ce commentaire 🙂 Nous avons vraiment évité la foule, fuyant la place Saint-Marc et ses alentours l’après-midi… En début de soirée, c’est encore respirable, mais nous n’avons pas trop tardé, l’ambiance trop bruyante effrayait un peu ma fille aînée. Mais effectivement le samedi après-midi, la foule était dense dans plusieurs quartiers. Mais les autres jours, c’etait plutôt tranquille. Je suis ravie de vous avoir replongé dans vos voyages. Au plaisir de lire vos balades vénitiennes 🙂

  4. Paule-Elise

    Ton article me rend bien nostalgique de Venise, mais c’est tellement normal de se sentir nostalgique en ce moment. J’ai vu Venise pour la 1ere fois en février, en plein carnaval, avec de la neige, j’avais 6 ou 7 ans. Des haut-parleurs diffusaient Les quatre saisons de Vivaldi dans la ville. Je n’oublierai jamais ces quelques souvenirs, renforcés par des photos en noir et blanc. Merci pour cette bulle de « monde d’avant », pour ces couleurs et cette lagune ! Pour ma part j’ai du mal à écrire sur des endroits où on ne peut pas aller pour le moment, mais ça reviendra en temps voulu.

    1. mitchka

      Vu que je peux compter mes articles de l’année sur une seule main, je pense pouvoir dire que c’est pareil pour moi ^^
      C’est l’envie d’écrire qui m’a poussé vers le clavier. Alors j’ai cherché un sujet 🙂

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