No Pasarán ( Escale en Sardaigne acte 1)

Nous voilà en Sardaigne.

Oui, je vous ai mis une carte de la Sardaigne au cas où vous ayez quelques lacunes en géographie …

Trois jours après avoir quitté Agen, nous débarquons de bon matin dans le Golfo d’Aranci … Le ciel est bleu, la lueur orangée du soleil levant nous ouvre la route… ça commence bien. Nous nous arrêtons rapidement à Olbia pour prendre un petit déjeuner. Nous sommes un mardi matin, la ville se réveille très très doucement… et nous déambulons dans des ruelles vides mais baignées de lumière.

Pour rejoindre notre point de chute, à savoir un camping près d’Oristano (merci de consulter la carte ci-dessus pour une meilleure compréhension du trajet), nous devons traverser une bonne partie de la Sardaigne. Aussi nous ne traînassons pas dans Olbia et reprenons la route en direction du sud.

Nous longeons la mer pendant un petit moment mais nous savons que bientôt nous entrerons dans les terres et que nous y passerons un petit moment ; alors avant que les filles ne râlent « parce qu’en Sardaigne y’a pas la mer », nous décidons de nous arrêter faire une pause plage (comme je les aime tant – vous le savez !).

Notre choix se porte sur la plage de Budoni … parce que le nom faisait marrer Jac à cause du sketch d’Alex Métayer « les pates à la Boudoni ». Vous voyez, nos voyages relèvent de longues réflexions philosophiques !

Il est encore tôt – genre dans les 10h – quand nous étalons nos serviettes sur le sable blanc … il n’y a pas grand monde, la plage est belle (et respirable) … vraiment ces vacances commencent bien.

Une fois tout le monde rafraîchi, nous remontons en voiture (j’ai l’impression d’écrire ça tout le temps !) en direction de Nuoro. Le paysage change très vite. Nous sommes à présent entourés de petites montagnes arides. Les filles roupillent à l’arrière aussi décidons nous de faire un petit détour et de pousser jusqu’à Orgosolo, un village connu pour ses peintures murales.

Orgosolo est de loin le lieu qui m’a le plus marqué en Sardaigne. Mais avant de vous détailler mes impressions, voici un petit « Point Contexte ».

Orgosolo est paumé au milieu d’une région de moyenne-montagne, nommée la Barbagia. Le village compte dans les 4400 âmes… et on se demande bien comment les premiers habitants ont eu l’idée de venir s’installer ici. Le relief est difficile, la terre est pauvre, il doit falloir avoir la tête dure pour vivre ici.

La Barbagia est une région pastorale connue pour avoir été, tout au long l’Histoire, une zone de résistance face aux différentes occupations qu’a connu l’île. Au début des années 60, elle fut le lieu de tournage du film Banditi a Orgosolo, un long métrage qui prend sa source dans le mythe du bandit sarde mais qui va bien plus loin en s’intéressant à la vie des bergers oubliés de la Barbagia et du Supramonte (un film qui, à la lecture du synopsis, n’a pas l’air super jouasse !). 

En 1969, l’OTAN ambitionne de créer une base dans les pâturages qui entourent Orgosolo ; de ce projet nait la « révolte de Pratobello », une révolte pacifiste menée par les paysans pour empêcher les militaires de s’installer dans la région. C’est sur cette toile de fond que débarque, la même année, un groupe anarchiste, Dioniso, mené par Giancarlo Celli (un quadra diplômé de droit et féru d’art). Leur idée est simple : reprendre la tradition des peintures murales (très développée en Sardaigne) pour dénoncer/résister/lutter.

La première oeuvre peinte par le collectif Dioniso sur les murs du village fut celle-ci (que je n’ai pas vu). Elle dénonce l’influence des USA sur la politique du gouvernement et questionne sur la présence de la Sardaigne au sein de l’état italien.

Photos volées  là : http://www.artapartofculture.net/2014/07/02/murales-identita-e-fenomeno-della-sardegna-uno-sguardo/

Parallèlement à l’installation de Dioniso dans la région, un professeur d’arts (et militant proche du parti communiste), Francesco Del Casino, se passionne pour Orgosolo (soit-disant après avoir visionné Banditi a Orgosolo) ; il emménage alors dans le village et y réalise avec ses élèves un grand nombre de peintures (dont beaucoup ont pour thème la révolte de Pratobello et la résistance antifasciste). Dès lors, des artistes de tous les horizons vont défiler dans la Barbagia pour continuer l’oeuvre initiée par Dioniso et, surtout, par Francesco Del Casino.

Nous avons tous beaucoup aimé notre balade dans Orgosolo. On ne sait plus où donner de la tête tant il y a d’œuvres à observer. Et j’aimerais vous dire que cette ensemble artistique offre au village un charme joyeux … mais ce serait mentir. Orgosolo, c’est assez triste.

Avant d’arriver j’avais un peu peur de trouver un village-attraction. Mais il n’en est rien. Il y avait des touristes mais, même là, en plein mois d’août on ne se bousculait pas.

C’est très étrange de déambuler dans ces ruelles grises qui racontent, au fil des peintures, notre Histoire.

Imaginez toutes les guerres du monde, toutes les luttes, toutes les pires injustices, tous les massacres de ces 70 dernières années rassemblés sur quelques centaines de mètres. Orgosolo est devenu petit à petit  un livre d’Histoire à ciel ouvert. Un livre qui vous laisse un arrière goût de désespoir.

Certaines œuvres sont tout de même plus sereines, ou drôles, que celles que je vous ai présentées. Mais ces dernières sont tout de même très minoritaires.

Nous sommes sortis du village heureux de notre découverte mais mal à l’aise face à tous les questionnements que ces œuvres peuvent inspirer. C’est peut-être une visite éducative quand j’y pense.

Je vous laisse avec quelques photos que je n’ai pas su classer ci-dessus !

NB : Je n’ai pas choisi ce titre au hasard – No Pasarán – je l’ai choisi bien sûr car je trouve qu’il colle bien à l’esprit des œuvres d’Orgosolo mais, surtout, je l’ai choisi parce que la Sardaigne m’a beaucoup fait penser à l’Espagne… Aussi ai-je trouvé que ce slogan des résistants espagnols était adéquat ! Mais nous reparlerons de tout ça une autre fois … genre le semaine prochaine !

NB 2 : J’ai fait de gros raccourcis sur l’Histoire et le développement de ces peintures pour ne pas alourdir mon texte, et aussi parce que je n’avais pas envie de recracher bêtement ce que j’ai pu lire ailleurs… mais, si le sujet vous intéresse je vous invite à lire cet ARTICLE extrait de la revue « Cultures et Conflits » qui détaille les influences politiques et artistiques des œuvres d’Orgosolo et leur rayonnement.

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10 commentaires sur “No Pasarán ( Escale en Sardaigne acte 1)

  1. En effet « No pasaran » convient parfaitement. A voir ces fresques on n’imagine pas ce village un brun tristoune.
    Votre promenade découverte me fait penser au « Murals » de Belfast, on en ressort un peu chamboulé, (c’était notre cas) du moins pas indifférent.

    1. c’est vrai que de la Sardaigne nous voyons surtout les plages … il faut dire qu’elles sont paradisiaques ! mais l’Histoire de l’île est passionnante…

  2. ça doit être besoin de vivre dans un tel décor, de passer tous les jours devant certaines images. Par contre il y a de belles choses d’un point de vue artistiques et l’amatrice de street art que je suis ne peux s’empêcher d’avoir envie de s’y rendre.

    1. oui c’est exactement ce que je me suis dit, que ça devait être vraiment bizarre de vivre dans ce décor… mais pour celui qui ne fait que passer, c’est passionnant !

Un commentaire = un gâteau au chocolat (non c'est pas vrai mais laissez nous un petit mot quand même)