Loading...
CAPITOL-REEF-FRUITA
Etats-UnisUtah

[Insérez ici le titre que vous souhaitez]

CAPITOL-REEF-FRUITA

Oui, c’est un article sans titre. Je n’ai pas trouvé de titre à la fois émouvant, drôle et pertinent, alors je me suis abstenue. Titrez-le comme vous voudrez, je vous laisse maître de son nom.

Cet article, voilà des mois que j’y pense. Celui de la fin, le dernier acte d’un récit que j’aurais voulu infini.

Encore là, devant mon clavier, je tergiverse encore et encore sur la façon de poser le point final.

Peut-être que la légèreté de ces derniers jours de voyage ne m’a pas laissé assez de matière pour vous faire rire ou pleurer. Quand je regarde les photos, je vois défiler une longue bande de bitume au milieu du désert, je vois des enfants en balade, des baignades bienfaisantes, des ombres dansantes, des biches et des pommiers. Je vois des choses simples dans un cadre immense, et mon cœur se serre à l’idée de ne (peut-être) jamais y retourner… Et puis, l’instant d’après, il se serre encore plus à l’idée d’avoir eu le privilège d’y être allée.

Le voyage créait, je crois, une dépendance. Une addiction, une envie de « toujours plus », qui peut nous faire oublier que chaque voyage est une chance, un privilège de riche, un signe extérieur de richesse… pas forcément intérieure.

En regardant ces scènes, faites, à la fois de tout et de rien, j’ai ressenti énormément de gratitude envers cette vie. Pour la petite fille qui rêvait devant ses vieux magazines de géographie, ce n’est pas rien.

Si je m’épanche si longuement sur ces sentiments (ce qui n’est habituellement pas trop mon genre), c’est que ces derniers jours dans l’Utah furent les meilleurs du voyage (j’ai peut-être déjà écrit ça à propos du Montana… mais bon…). Peut-être parce qu’ils étaient les derniers, et que nous savions à quel point il fallait en profiter. Peut-être, tout simplement, parce que nous avons capté le long de cette route 12 un moment de bonheur intense. Un moment où tout va bien, où les pneus sont gonflés, où les nuages sont dispersés, où le monde arrête de tourner.

 

Le commencement

Nous avons quitté Zion une journée plus tôt que prévu. Le soleil se couchait quand nous avons commencé à emprunter l’une des plus belles routes de l’Utah, la route 12. Une route que nous n’allions plus quitter pendant trois jours, jusqu’à notre arrivée à Capitol Reef.

L’épuisement, chez Jac et moi, était à son comble. Ma carcasse ne portait plus en elle que les traces d’une fatigue à peine soutenable.

Nous avions réservé à la hâte une chambre à Tropic, dans un « motel rustique » — j’adore cette expression qui ne veut pas dire grand-chose — afin de visiter le parc de Bryce Canyon le lendemain.

Je me souviens d’un virage, d’un passage vertigineux entre des rochers, du paysage qui s’ouvre devant nous, et de l’immense claque que nous avons prise.

Nous étions partis de Zion un peu démoralisés, mais à cet instant précis, j’ai compris que le voyage n’était absolument pas fini.

Confortablement installés au Bryce Pioneer Village, nous avons sorti notre réchaud à 16 $ et fait cuire quelques pâtes sur la terrasse. La soirée était douce, les filles jouaient tranquillement, Jac sirotait une bière, je profitais allègrement de l’instant. C’est cet instant de grâce qu’un couple de Français a choisi pour venir nous tenir compagnie. Je ne me souviens plus d’où ils venaient, mais je souviens parfaitement leur récit : une semaine à traverser les parcs en roulant, à ne jamais s’arrêter plus longtemps que le temps d’une photo, ayant réussi l’exploit de visiter Zion et Bryce Canyon dans la journée en faisant la grassee matinée et en arrivant avant 18 h au motel.

Je me souviens de cette phrase « Hum, Bryce Canyon, c’est un peu décevant, surtout pour le prix, c’est aussi cher que le Grand Canyon, mais là ça vaut le coup, vous en avez pour votre argent ».

Quand je disais plus haut que le voyage est un signe extérieur de richesse pas forcément intérieure… en voilà la preuve.

Un peu agacée par ces Français (surtout lui), mi-vantards, mi-relous, je décidais cyniquement de lui demander pourquoi il n’avait pas acheté le « Pass » à 80 $ qui permet de visiter TOUS les parcs, plutôt que de payer entre 60 et 70 $ à chaque fois… ce qui n’a clairement aucun sens.

Son visage afficha alors un mélange de gêne et d’agacement, et il finit par bredouiller qu’il ne connaissait pas cette « combine ». Ce à quoi je répondis, du ton le plus hypocrite que je me connais, que son frère, qui vivait ici depuis plusieurs années, aurait dû lui en parler.

J’en déduisis par ailleurs que son frère devait le trouver aussi chiant que nous.

Cette dernière pique eut raison de lui, et nous en fûmes débarrassés.

Le lendemain, reposés et joyeux, nous prîmes notre petit déjeuner en vitesse, entourés d’une horde de Français, et nous nous lançâmes vers Bryce Canyon.

 

Over the rainbow

En entrant dans le parc, nous décidons de rouler jusqu’au bout de la route panoramique, sans nous arrêter, sans jeter un regard aux vistapoints qui défilent sur notre gauche.

Le bout de la route, c’est Rainbow Point : un arc-en-ciel de roche qui cerne une forêt épaisse composée essentiellement de pins un peu rachitiques.

Jusque là, tout va bien.

Comme tout bon touriste qui se respecte, nous enchaînons les photos et mêmes quelques selfies, et nous reprenons la route dans l’autre sens, direction Inspiration Point.

C’est une deuxième gifle qui nous attendait à Inspiration Point, un véritable coup de poing même. Il y a peu de mots, ou alors, je ne les trouve pas, pour décrire ce paysage de hoodoos.

Alors que Jac, Nounou et moi étions fascinés par cet ensemble, Joujou n’a pas trouvé à ces « cailloux » un charme fou. Ses hurlements capricieux raisonnent encore entre les colonnes de pierre…

Notre salut arrivera à quatre pattes. C’est un gang de cowboys à cheval (des touristes en goguette) qui sortira Joujou de sa colère, et la contemplation d’iceux lui donnera même la force de se lancer dans une petite balade.

C’est ainsi que nous sommes descendus sur les chemins qui slaloment entre les hoodoos, c’est ainsi que nous avons marché sur le toit du monde admirant les cheminées des fées, profitant du silence revenu.

Sur la route 12

Nous avons repris la route en direction d’Escalante, revenant sur nos pas, et, juste avant Tropic, nous avons repris le virage, repassé le passage vertigineux entre des rochers, et le paysage s’est de nouveau ouvert devant nous.

Le voyage pouvait continuer.

Nous sommes arrivés en début d’après-midi à Escalante, l’estomac creux, nous nous sommes engouffrés dans un diner dont j’ai perdu le nom. Sortis de table vers 15 h 30, nous sommes allés récupérer les clés de notre cabane. Si, à un moment donné ce jour-là, nous avons eu des plans, ils ont disparu dès que nous avons vu notre logis de bois.

La fin de la journée fila doucement entre une lessive, des jeux de cartes et un peu de lecture… Le lendemain ce fut un vrai crève-cœur de laisser Escalante et notre cabane derrière nous. Mais, nous ne pouvions nous défiler : la route nous attendait.

Il n’y a qu’une heure trente entre Escalante et Capitol Reef, aussi, avons-nous suivi les conseils d’un agent du Visitor Center et pris un chemin de traverse : Burr Trail Road au niveau de Boulder.

Seuls, entre les roches rouges, presque écarlates, nous avons ouvert les yeux toujours plus grands.

La voiture garée au bord de la route, c’est à pied que nous avons avancé pour pénétrer les falaises sans cacher notre joie.

Ils arrivèrent au Paradis et ils s’en allèrent

Nous franchîmes les portes de Capitol Reef de la façon la plus incongrue qui soit : en écoutant Gaston y a l’téléfon qui son. 

Quatre semaines que nous étions sur la route, les filles n’avaient pas vu l’ombre d’un écran de tout ce temps… Et là, en plein milieu du désert, je me suis mise à chanter ça. Alors, elles ont réclamé la version originale. Pour une fois, le téléphone captait, et c’est ainsi que Nino Ferrer a accompagné nos premiers kilomètres dans le parc national de Capitol Reef.

Aussi, puis-je affirmer que c’est une chanson assez naze pour un road-trip. On perd clairement en coolitude en faisant résonner le téléfon entre les falaises rouges de l’Utah.

Nous avions prévu de passer deux nuits dans le parc de Capitol Reef, nous y passerons une nuitée supplémentaire. Ses nombreuses randonnées accessibles aux enfants, ses vergers dignes du jardin d’Eden, sa rivière rafraîchissante, sa boulangerie (SA BOULANGERIE, putain !!!) en font le lieu idéal pour camper et profiter de la nature.

Et, miracle (en même temps, nous étions — presque — au Paradis), Jac y a trouvé différents spots de pêche intéressants !

Le cœur de Capitol Reef c’est Fruita, un écrin de verdure façonné de toutes pièces par les Mormons à la fin du XIXe siècle.

Enfoncé entre les falaises et traversé par la Fremont River, les pionniers ont rapidement compris l’intérêt du plateau de Fruita. Grâce à une irrigation assez bien maîtrisée, et la chaleur captée par les roches, les Hommes ont pu développer leurs activités agricoles assez facilement.

Je ne m’étendrais pas sur l’Histoire de Capitol Reef, Wikipédia est là pour ça, mais sachez qu’elle est riche et passionnante. (ça vous fait une belle jambe, je sais !)

Durant nos trois jours dans le parc, nous avons beaucoup marché, beaucoup profité de la Fremont River, beaucoup mangé de pain et de tartes ! Nous avons apprécié, les filles et moi, perdre du temps au bord de l’eau, cherché de l’or là où il n’y en avait pas, découvrir la culture Fremont et la vie des mormons. Chaque soir, voir les cerfs et les biches (des demi-portions par rapport à ceux rencontrés dans le Yellowstone), traverser le camping, nous a attendri. Et ce séjour n’aurait pas dû avoir de fin.

Mais, c’est ici que nous avons allumé, rallumé, explosé et abandonné notre réchaud à 16 $, que nous avons démonté nos tentes une bonne fois pour toutes, que nous avons regardé les étoiles une dernière fois en allant faire pipi dans la nuit.

À peine plus de 24 h avant de remonter dans l’avion, nous nous sommes engagés sur notre dernière portion de désert, nous avons retrouvé la Colorado river, les montagnes et la fraîcheur, avant de manger un dernier burger à Denver. Sur le chemin, nous avons traîné nos ombres dans Grand Junction et Frisco, rêvant déjà d’un nouveau voyage, établissant le circuit d’un nouveau road-trip.

Et puis, dans le taxi pour l’aéroport, Jac s’est gentiment pris la tête avec le chauffeur, grand supporter de Trump, le monde s’est alors remis à tourner, il était temps de rentrer.

THE END.


NB : Les idées de titre sont les bienvenues en commentaire :)
18 comments
  1. Ange & Like

    On dit toujours que les meilleures choses ont une fin.
    Mais ne pourrait-on pas dire aussi que pour votre FamilyTrip, c’est la fin qui a été la meilleure chose ? (la fin = la dernière partie du voyage hein, pas la fin=retour-ouf-c’est-fini)

    #MeilleurTitrePUtahClicDeTouteLaBlogovoyage
    fallait y penser… et oser !

  2. reneefaraut

    C’est toujours très impressionnant ces paysages de l’ouest américain. Et comme tu le dis, on déconnecte vite de la vraie vie ! J’ai bien aimé le ton de ton article, une belle aventure en famille et de belles rencontres. Je suis sûre que tu es prête à repartir !

    1. mitchka

      Je ne sais pas si je suis prête à repartir, j’aime bien laisser du temps s’écouler après un voyage aussi intense, ça permet de mieux savourer sur l’instant par la suite, je trouve …

      merci de ton passage sur le blog 🙂

  3. trois poussins dans la valise

    Donc, le français relou était blazé devant tant de beauté? Non mais ces paysages!!! J’imagine le silence (en dehors des enfants, j’entends ^^) Ces paradis sur terre dont tu ne voudrais plus partir. Savourer jusqu’au dernier moment (hormis le chauffeur de taxi). Et savourer encore après, en rentrant, en se délectant des photos et de tous les bons souvenirs qu’elles ramènent. Ce voyage semblait hors du commun, presque hors du temps. Et me donne tellement envie de retourner me prendre une claque devant l’immensité des Etats-Unis.

  4. Martine

    je retrouve les paysages que j’avais découverts aux alentours de Moab. Je n’ai pas fait ces deux parcs mais tu me donne sacrément envie d’y aller! J’espère que le taxi ne vous a pas fait payé plus que ce qui était dû du coup…..

Pour chaque commentaire laissé, nous vous livrons une licorne (frais de port à votre charge)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

ut Donec ipsum justo massa at facilisis elementum suscipit