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canyon overlook, Zion
Etats-UnisUtah

Comment rater Zion en 3 leçons

canyon overlook, Zion

Zion. Parc mythique de l’Ouest américain, l’incontournable des incontournables. Vu et revu sur les réseaux sociaux, toujours époustouflant, toujours bouleversant dans les textes d’Isa – Let’s Go … Je l’attendais. Je l’attendais seule, car Jac ne sait jamais vraiment où l’on va, et les filles … et bien, ce sont des enfants : elles s’en tapaient ! De plus, elles étaient désolées de quitter Las Vegas. La ville de tous les pêchés les avait perverties : elles ne rêvaient plus à présent que de machines à sous et de néons clignotants. Il n’est d’ailleurs pas rare que de temps en temps, elles demandent encore aujourd’hui si nous ne pourrions pas aller à Vegas pour le week-end !

Jac et moi, en revanche, étions heureux de quitter la capitale du Nevada.

Zion, nous promettait une nouvelle immersion en pleine nature, et après 2 jours dans la chaleur étouffante de Vegas, nous en avions plus que besoin.

Ce que nous n’avons pas vu venir, c’est notre emplacement abominable, la chaleur poussiéreuse et suffocante, et le ciel démoniaque : le combo parfait pour vous écœurer.

En plussss, j’y ai oublié mon tee-shirt préféré – acheté à San Francisco en 2015 – dans une douche. [Larmes de sang] Non vraiment, Zion, plus jamais ça ! ou presque …

 

Leçon 1 : Mieux choisir son emplacement

A notre arrivée, le camping, comme la plupart des aires de camping des parcs, affichait complet. Fort heureusement, notre emplacement avait soigneusement été réservé des mois à l’avance. Choisi sur plan. Un peu l’arrache, je l’admets.

Cette désinvolture nous allions la payer d’une nuit d’insomnie.

Imaginez-vous sous le ciel brûlant de l’Utah, l’air chaud séchant instantanément la moindre goutte de sueur coulant de vos aisselles odorantes, la terre orangée vous recouvrant peu à peu, faisant de vous sa sculpture.

Et là, entre un arbre, qui n’a d’arbre que le nom, et les sanitaires : votre emplacement.

Rapidement, nous organisons pour les filles une zone de sécurité sous les quelques arbustes qui ont daigné dépasser le mètre de hauteur afin de maintenir leur corps à une température acceptable, pendant que nos pauvres carcasses s’agitent au soleil pour monter nos deux petites tentes.

Les épaules roussies par les rayons de l’après-midi, le cerveau au bord de l’asphyxie, il nous semble alors que nos tentes prennent des décennies à tenir debout.

Las Vegas nous manque. Enfin ses halls d’hôtel surclimatisés nous manquent.

Ici, point de hall. Point de clim.

Juste nous, nos tentes, et le soleil. Et la porte des sanitaires qui ne se cessent de claquer.

Notre zone d’ombre étant trop petite pour nous quatre, et disparaissant peu à peu, nous décidons de faire le tour du camping … espérant ainsi trouver un jardin d’Eden dans cette antichambre du diable.

Ce fut chose faite, en descendant sur les rives de la Virgin River. Colorée, affichant le même orangé que la Green River quelques jours auparavant, la Virgin River avait pris l’allure d’une coulée de boue … mais cela ne nous empêcha pas de plonger dedans à l’ombre d’une végétation bienveillante.

Rafraîchie, les pieds nus, je me souviens de cet instant où, mes orteils s’enfonçant dans la terre, je me suis demandée à quelle sauce Zion allait nous manger. Car assurément ce lieu allait nous dévorer.

 

Leçon 2 : Prendre la mesure de la nature

Bénéficiant d’un ciel plutôt clément depuis le début de notre voyage, nous n’avons jamais fait vraiment attention à la météo.

La journée durant, nous avions attendu la nuit, et son enveloppe, celle qui permet le repos de ceux qui en ont trop fait. Si la nuit est venue, la fraîcheur, elle, a choisi de ne jamais tomber, nous laissant poisseux dans nos tentes, les yeux ouverts, comptant les claquements de la porte des sanitaires.

C’est alors qu’au cœur de la nuit, dans l’air sec et chaud, Jac s’est levé, et s’est aperçu que nous n’étions point plongés dans l’obscurité.

Au-dessus de nos têtes, une valse avait pris place, des éclairs silencieux brisaient la noirceur des ténèbres : depuis l’intérieur de nos tentes Playmobil, nous ne nous étions pas aperçus qu’un orage électrique offrait une de ses plus belles représentations.

Si les filles avaient dormi du sommeil des insouciant(e)s, Jac et moi affichions le lendemain une mine écrasée par la fatigue.

Nous décidâmes quand même de lutter. De profiter.

Un petite biche est venue déjeuner sur notre emplacement, et nous avons décidé de voir en cette visite le signe d’une journée plus clémente.

Spoiler : cette biche avait été envoyée par le diable lui-même pour nous jouer un vilain tour.

Nous avons embarqué dans une navette qui conduit les visiteurs dans le cœur du parc. Si c’est un peu contraignant d’être dépendant de ces petits bus, c’est agréable de ne pas conduire au milieu de touristes distraits et dangereux (comme cela nous était arrivé dans le Yellowstone), et cela permet d’éviter les saccages d’êtres irresponsables.

Malheureusement, cela n’empêche pas ces mêmes irresponsables d’aller se balader sur des sentiers fermés.

Ce matin, dans la file d’attente, les rangers ne décolèrent pas, ils passent et repassent, demandant fermement aux visiteurs de ne pas emprunter ces chemins : Angel Landing Trail, la plus célèbre randonnée de Zion, est fermée ;  chaque jour des petits malins y vont tout de même, et la veille, des crétins (j’ai cherché un autre mot, mais je n’ai pas trouvé) avaient obligé les rangers à aller les secourir.


Interlude : Si les sentiers sont balisés, ce n’est pas pour vous emmerder, c’est pour vous protéger, et pour protéger la faune et la flore – à bon entendeur, restez sur le chemin, bordel.


Ce matin, c’est la randonnée d’Emerald Pools (au niveau des lodges du parc) que nous visons : le temps est censé tourner, nous ne voulons pas nous enfoncer dans le parc. La balade est facile, les filles ne râlent presque pas, l’air semble ici plus respirable qu’à Springdale … Mais, si c’est agréable, c’est un peu court. L’accès à Upper Emerald Pool est fermé, et nous redescendons un peu rapidement à notre goût.

Les nuages s’alourdissent, et nous reprenons la navette dans l’autre sens.


Avertissement : le paragraphe qui suit n'est que bougonnement de touristes relous.

Toute l’après-midi nous attendrons la tempête … une tempête qui prendra son temps, nous laissant dans l’incertitude, errant de la rivière à nos tentes, de nos tentes à la placette de Spingdale, en passant par la douche (où j’ai oublié mon tee-shirt) et le glacier … tout en mangeant un peu de poussière, et en se désespérant de cette pesanteur accablante.


C’est en toute fin de journée que le ciel finira par se décider, nous tombant littéralement dessus.

Fatigués de notre insomnie, et lassés de cette journée, nous décidâmes devant notre pizza d’abandonner nos tentes, et de trouver un hôtel pour passer la nuit au sec et au calme. (sans porte qui claque)

Nous dûmes aller jusqu’à Hurricane pour trouver un motel disponible, mais la demi-heure de route à faire nous sembla raisonnable face à la nuit sous des torrents d’eau qui nous attendait.

C’est donc reposés que nous pûmes affronter notre dernière journée à Zion.

 

Leçon 3 : Ne pas oublier son sac à l’hôtel, bordel !

En nous levant, nous décidâmes de quitter Zion dans la journée. Un nouvel orage s’annonçait pour la soirée, nous avions mangé assez de poussière, entendu assez de portes de chiottes toilettes claquer, vu assez de français (je pense que j’ai croisé plus de français à Zion qu’à Agde en plein été).

Mais il nous restait une chose à faire avant de partir : marcher dans les Narrows.

Car, si tu n’as pas marché dans les Narrows à Zion, t’as raté ton voyage, autant te le dire de suite !

Aussi, il m’était impossible de quitter le parc sans cet accomplissement.

Il fut donc voté que nous irions marcher dans les Narrows avant de démonter la tente.

Nous avons quitté Hurricane très tôt pour prendre une des premières navettes. A 8h pétante, nous étions déjà à Springdale, prêts pour notre aventure aquatique.

Mais, à 8h06, ce fut le drame.

Nous avons fouillé la voiture dans tous les coins et recoins, mais nous dûmes nous rendre à l’évidence : Jac avait oublié son sac (avec la GoPro à l’intérieur) au motel d’Hurricane.

L’aller-retour prenant un peu plus d’une heure, les filles et moi avons pris la navette seules. Les Narrows ne nous étaient plus accessibles à présent : marcher dans la rivière, contre le courant, seule avec deux fillettes ne me semblait pas la meilleure idée des vacances.

Aussi, avons-nous pris le bus avec comme objectif de faire la balade de « Riverside walk ».

Quand le bus nous a déposées au temple de Sinawava, nous nous sommes senties complètement englouties par les montagnes. Le décor suspendu semblait irréel tant il était beau. Là, au fond du parc, j’ai aimé Zion, enfin. (Jusqu’à ce que Joujou râle)

Nous avons suivi le chemin le long de la rivière, jouant avec les écureuils et nous amusant des formes étranges de la nature.

Et, puis la rivière a croisé le sentier : la randonnée aquatique commençait.

Voyant les randonneurs se lancer dans l’eau, nous n’avons pas pu nous empêcher de traverser nous aussi.

Nous avons marché quelques mètres dans l’eau pour atteindre l’autre rive et avancer un peu, profiter des roches et leur fraîcheur.

Nous avons marché dans les Narrows. Toutes les trois, main dans la main, nous l’avons fait. Vite fait. Mais fait ! Et c’est un merveilleux souvenir que cet instant, les pieds dans l’eau, tenant chacune de mes filles fermement, mes yeux cherchant le ciel entre les falaises.

J’ai regretté que Jac ne soit pas là. C’est mon plus gros regret du voyage. Peut-être que nous ne serions pas allés plus loin avec lui, mais j’aurais aimé que nous posions les yeux ensemble sur cet antre fantastique.

Cependant, la foule qui se pressait pour randonner dans les Narrows était telle que je doute qu’il aurait voulu suivre le cortège !

 

Leçon de conclusion (je pense que ça ne veut rien dire)

Une fois, notre micro-aventure accomplie, nous avons rejoint Jac, nous avons démonté les tentes, et nous sommes partis vers d’autres micro, voire macro, aventures.

En arrivant au sommet de la Scenic Drive, nous avons miraculeusement trouvé une place sur le minuscule parking d’Overlook Canyon, et avons pu ainsi faire une dernière marche tous les quatre dans Zion.

Je ne vous cache que cette balade, aussi belle fût-elle, reste entachée par une tentative d’escalade un peu laborieuse de Joujou au bord du précipice que Jac a arrêté à temps. Aujourd’hui encore, lorsque j’y repense, je ressens une boule vertigineuse (ça ne veut rien dire non plus mais vous comprenez l’idée, sinon faites un effort) dans le creux du ventre. Quelle idée à la con de partir en famille !

Canyon Overlook - Zion

C’est ainsi que nous avons raté Zion, ou presque. Ne nous jugez pas : ça peut arriver à n’importe qui.

 

14 comments
    1. mitchka

      Et tu oses dire que tu as visité Zion ?? Alors que tu n’as pas mis les pieds dans l’eau !!!
      Bouhhhhh !! ^^

      Mais oui, tu as raison, ça nous donnera une excuse pour y retourner !!

  1. Renée

    Je te comprends ; Zion ne se livre pas comme ça. Nous l’avons vraiment apprécié… lors de notre 2ème visite avec rando dans l’eau et aux pools. Et là on en garde un très bon souvenir. Seul hic la foule notamment dans les Narrows un peu dépitant de voir les gens se lancer en tongs ou autres

  2. annima.fr

    Je reste subjuguée par la beauté des images. Et les mauvaises aventures sont toujours plus drôles à lire (pardon) quand elles ne nous sont pas arrivées à nous… Au moins, vous aurez des trucs à raconter!

    1. mitchka

      C’est toujours ce que Jac me dit quand on galère quelque part : « ça te fera des trucs à raconter pour le blog » !! ^^
      Mais bon, aller aussi loin pour ne pas se sentir vraiment en phase avec le lieu, c’est un peu chiant …

  3. Arthur Thibaut

    Les joies du camping ! Ce sera l’occasion de revenir pour la faire cette rando les pieds dans l’eau ! (et je me dis qu’il va vraiment falloir qu’on trouve un truc pour faire se rencontrer nos enfants, ce sont les mêmes en garçon/fille ! 😀 )

  4. Anonyme

    Je n’avais jamais entendu parler de ce mythique parc de Zion.
    Les photos de la rando les pieds dans la rivière m’ont rappelé les gorges de Toulourenc au pied du Mont ventoux. On s’y était régalés ! Si tu n’y es jamais allée, je te le recommande (en attendant de pouvoir retourner faire celle de Zion Narrows…) !!!

  5. mylittlepipedream

    Bah dis donc quelle aventure ! C’est fou comme ton récit est passionnant, à peine la première phrase lue on a envie de connaître toute l’histoire 🙂
    C’est vrai qu’il y a des lieux comme ça, ils ont beau être magnifiques, si c’est pas ton jour, c’est pas ton jour xD.

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