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maison en ruine à Rosse- Corse
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Balade en Corse abandonnée

maison en ruine à Rosse- Corse

La ligne éditoriale du blog est un peu anarchique en ce moment, un coup, on est en Corse, un coup au Pêchistan, et puis hop, on revient en Corse… et dans une Corse abandonnée en plus !

Ce titre, je l’ai emprunté à ma fille. À la rentrée, sa maîtresse avait demandé aux enfants de rédiger un petit texte sur un moment précis de leurs vacances, et Nounou a choisi de raconter une balade que nous avons faite toutes les deux :

Balade en Corse abandonnée

Pendant les vacances, j’ai fait une balade extraordinaire !! J’ai fait une balade avec ma maman, on a marché jusqu’à un village abandonné, il fallait monter. Arrivée en haut, j’ai eu peur parce que j’avais entendu du bruit et maman s’est moquée de moi… jusqu’au moment où elle a eu peur d’un papillon. À mon tour de me moquer !

Après on a vu un monument aux morts, et oui, il y a eu beaucoup de morts : il y avait quatre de la même famille, deux d’une autre, et encore un d’une autre.

On a sonné les cloches. Après on a parlé. C’était trop chouette.

Alors, à mon tour, non pas de me moquer (^^) mais de vous raconter cette histoire, ce mini périple mère fille dans la moyenne montagne corse. Et, comme je suis d’humeur joyeuse, en suivant je vous fais le récit d’une petite randonnée familiale qui nous aura donné beaucoup de fil à retordre, l’histoire que vous attendez tous (ou presque) : la marche de la mine !

De la mer à Rosse

Parce que nous sommes des parents très sympas, nous avions décidé de prendre une journée au milieu de notre semaine, pour redescendre jusqu’à la côte afin d’offrir une journée plage et château de sable aux filles.

Nous avons choisi la plage de Fautea comme destination, à 1 h de notre gîte.

Le ciel était bleu, et les oiseaux chantaient en tue-tête, quand nous sommes descendus de notre montagne escarpée. La journée s’annonçait bien. Mais c’était sans compter sur le talent de retournement de situation de nos filles. Alors que nous étions installés sur le sable de l’anse de Fautea (juste avant la plage éponyme) depuis une quinzaine de minutes, Nounou a décidé que la plage « c’était nul », qu’on s’y ennuyait mortellement (ce que j’approuve en fait), et qu’elle voulait rentrer au gîte.

Là-dessus, Joujou s’est égratignée le genou sur le sable, elle était naturellement à deux doigts de l’amputation selon ses dires, et, en l’espace de 3 minutes, nous dûmes remonter en voiture pour trouver une pharmacie où acheter des pansements afin d’écarter le risque de septicémie… et acheter une sucette au passage, afin que nos oreilles puissent jouir quelques minutes d’un peu de calme. (Oui, nous sommes ce genre de parents !)

Notre journée plage tombait donc à l’eau. Et c’est pour toutes ces raisons, qu’après une pizza dans le golfe de Pinarellu, nous sommes remontés dans notre vallée enchantée. Apparemment Joujou préférait encore tomber le cul dans les ronces (true story) plutôt que les genoux dans le sable… je ne comprendrais jamais mes enfants…

barque dans le Golf de Pinarellu
Quelques secondes de « bleu » dans le golfe de Pinarellu

Sur le (long) chemin qui nous ramenait à la maison, je me demandais ce que nous allions pouvoir faire de cette journée merdique : je ne voulais pas rester sur cette sortie désolante…

C’est alors que j’ai repensé à notre arrivée : notre hôte m’avait indiqué un village abandonné dans la montagne, une balade d’environ une heure depuis le gîte. Ce village, Rosse, avait vu sa mère naître, aussi Éric nous en avait-il parlé avec beaucoup d’émotions, et ma curiosité n’en était que plus aiguisée.

Dans la voiture, ma proposition n’a connu qu’une unique réaction enthousiaste : celle de Nounou. Et, c’est ainsi que Jac et Joujou nous ont laissées sur le bord de la route, devant le chemin qui monte à Rosse.

L’effet papillon

Le chemin, en pente douce, fut ponctué de vaches et de veaux, des rencontres toujours insolites, qui nous laissaient comprendre que nous n’étions pas forcément les bienvenues sur leurs terres !

Il nous fallut environ 45 minutes pour arriver jusqu’à la première maison. Il faisait chaud ce jour-là, et il régnait dans la montagne un calme assourdissant, de ceux qui vous font sursauter à la moindre apparition, au moindre craquement de branche.

Dès notre arrivée dans le hameau, une ambiance pesante s’est installée.

Nous avons fait le tour de la première maison, presque sur la pointe des pieds. Les volets étaient cloués, mais si une vieille dame était apparue, cela ne m’aurait pas paru étrange. Les (anciens) jardins aux alentours gardaient un certain ordre, les clôtures étaient toujours en place. La vie semblait suspendue. À chaque pas, l’impression d’être un intrus dans ce monde figé grandissait en moi, et je mesurais à présent chacun de mes gestes.

Nounou marchait devant moi, elle stoppa net devant un tuyau d’arrosage, qui traversait le chemin tout en émettant un bruit, ce qui la fit paniquer immédiatement. Effectivement, nous aurions pu croire qu’un robinet était ouvert, qu’un habitant allait sortir de nulle part pour nous dire d’arrêter l’eau. Mais, il n’en était rien, le tuyau permettait simplement de dévier une source… il se perdait plus bas dans la verdure, sans que l’on puisse identifier sa destination finale.

C’est donc là que je me suis gentiment moquée ! Plus pour briser le silence qu’autre chose d’ailleurs…

Nous avons continué d’avancer, l’air me semblait de plus en plus lourd, le silence me tombait dessus comme une chape de plomb, et c’est là qu’un papillon s’est envolé devant moi, m’amenant à faire un bond de 2 mètres.

Et Nounou s’est gentiment moquée à son tour !!

Je me suis dit qu’il était temps de prendre une grande respiration : il ne pouvait (normalement) rien nous arriver d’affreux.

Arrivées sur ce qui devait être l’ancienne place du village, nous sommes restées scotchées par la vue : la vallée du Fiumorbo s’offrait à nous, profonde et mystérieuse. Autour, certaines maisons sont complètement en ruine, elles semblent avoir été pulvérisées par les éléments, d’autres ont été entretenues, comme l’église qui a eu droit à un lifting grâce à des dons privés.

Éric nous avait dit qu’il était de coutume de sonner les cloches de l’église lorsque l’on montait à Rosse. Et effectivement sur le côté de l’église, une petite échelle permet aux visiteurs d’enjamber le muret pour accéder au petit clocher.

C’est ainsi que dans un bel élan commun, Nounou et moi avons sonné les cloches de Rosse.

Nous ne sommes pas restées très longtemps dans le hameau. Ma fille et moi sommes de grandes flipettes sensibles, et nous ne nous sentions pas vraiment à l’aise. Aussi, après avoir lu les noms sur le monument aux morts, comme pour faire revivre ses hommes l’espace d’un instant, nous sommes redescendues tranquillement.

Si Jac et Joujou nous avaient accompagné, je me serais sentie plus tranquille, moins prise par l’ambiance et par l’Histoire, nous aurions peut-être mieux profité… mais cela reste un merveilleux souvenir pour Nounou et moi.

Pour l’Histoire : Au début XXe siècle, Rosse comptait 150 personnes, et plus de 2000 têtes de bétail : la vie y était assez prospère. Aussi étrange soit l’histoire, c’est à l’échelle mondiale que va se jouer son destin. Durant la Première Guerre mondiale, 14 jeunes hommes du village furent tués. Un drame qui endeuilla toutes les familles. Affaibli par ces décès prématurés, le village commença à se vider, jusqu’à sa désertion totale après la Seconde Guerre mondiale. 

rosse - Corse
Monument aux morts de Rosse

4 chemins pour une mine

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez peut-être que lors de ce voyage, nous avons connu de nombreuses contrariétés à cause d’une mine… En effet, parmi les « conseils de balade » de notre hôte, il y avait un lieu nommé Vecchia Mina. Il nous avait rapidement expliqué comment trouver cette ancienne mine, mais, force est de constater que certains éléments nous avaient échappé.

Lundi – essai n° 1

Arrivés au départ présumé de la balade, Jac me soutient que le sentier se perd au bord de la rivière, que nous avons dû mal comprendre, que la mine n’est pas ici. Je propose quand même de traverser le pont que l’on aperçoit à quelques mètres, mais rien n’y fait : Jac reste sur ses positions – ce n’est pas là.

Ce jour-là, il est déjà tard, je n’ai pas envie de lutter, on va pêcher plus bas sur le Fiumorbo avec les filles.

En arrivant au gîte, le soir, je fouille un peu dans la documentation touristique, la mine est bien signalée… de l’autre côté du pont…

No comment (-_-)

Mardi – essais n° 2 et 3

Le pique-nique dans le sac, ce matin là, nous sommes tout feu, tout flamme ; la perspective de trouver une mine et des pierres précieuses qui la rendrait immensément riche a motivé Nounou comme jamais.

Nous traversons le fameux pont. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est qu’après le pont, le sentier se divise en deux… on prend à droite. Cent mètres plus loin, le sentier se re-divise en deux… bien sûr il n’y a aucun panneau, sinon ce ne serait pas drôle… cette fois-ci, on part à gauche. (Spoiler : c’est une erreur)

On marche, on marche, on marche, on grimpe, on grimpe, on descend pour mieux marcher en grimpant… et toujours pas de mine.

Ah c’est beau, le paysage est superbe, la rando est topissime… mais Nounou commence à s’impatienter, Joujou demande la tête des organisateurs… bref, la balade tourne au cauchemar familial…

Au bout d’une heure de marche, Jac et moi lâchons l’affaire. On fait demi-tour, et nous nous posons pour pique-niquer histoire de souffler.

Et là, je ne sais pas pourquoi, je me persuade que j’ai laissé le gaz ouvert… Ne me demandez pas pourquoi, mais à ce moment-là, je sais que la maison est en train de prendre feu, que les pompiers n’arriveront jamais à temps, que tout va brûler… et c’est entièrement ma faute.

Spoiler : pas du tout.

Je ne sais pas ce qui m’a pris… la fatigue, l’épuisement psychique engendré par les bougonneries des filles, le mal des montagnes (à 500 m d’altitude), je ne sais pas. Le fait est que j’ai obligé tout le monde à manger son œuf dur au pas de course, pour rentrer vérifier si je n’étais pas en train de causer la perte du hameau de Sampolo.

Mais non, il allait bien.

Bon, je ne vous cache pas que Jac s’est marré (jaune) pendant quelques jours après ça.

À notre retour, nous tombons sur Éric, il nous re-explique la randonnée de Vecchia Mina, en finissant par « c’est à 15 minutes du parking »

On a tourné à gauche, il fallait à aller à droite… naturellement.

En milieu d’après-midi, nous y retournons (accompagné non pas de Joujou, mais de la reine des Neiges – vêtement pas du tout adapté à la marche entre parenthèses) : oui, on est têtus !!

Cette fois, on passe le pont, on prend à droite, puis encore à droite… et nous trouvons le hameau Paganellu qui abritait au début du XXe siècle les ouvriers de la mine de Finosa, dite Vecchia Mina.

La végétation reprend ses droits petit à petit, et il est difficile de faire le tour des habitations… mais on cherche la foutue mine, on fouille dans un sens, dans un autre. Le chemin continue après le hameau, mais on ne voit rien qui ressemble de près ou de loin à une mine.

hameau de Paganellu - corse
enfants désespérées pendant nous cherchons LA mine….

randonnée de Vecchia Mina - corse

Nous finissons par dire à Nounou que la mine a dû être rebouchée, qu’elle n’est plus visible, et nous rebroussons chemin.

Mais, je suis super têtue. Le soir, je fouille internet de fond en comble, et je finis par trouver le blog d’une personne qui a fait la randonnée !!! #Victoire

Je découvre que la mine est bien plus loin après le hameau, il y a une heure de marche pour l’atteindre. On maudit un peu Éric au passage, gentiment, mais un peu quand même. 🙂

Jeudi – essai n° 4

Toujours aussi motivés (je ne sais pas pourquoi une telle obsession pour cette mine – je pense qu’il en allait de notre honneur un peu), nous re-re-re-partons à la recherche de Vecchia Mina. Mais, cette fois-ci, je sais que nous l’atteindrons !

Une fois le hameau dépassé, nous avons marché bien 40 ou 50 minutes, en suivant la Finosa (affluent du Fiumorbo). Au fur et à mesure que nous avancions, le sentier était de plus en plus difficile, pour ne devenir qu’un vague tracé dans la forêt à la fin de la balade. Nous avons escaladé des arbres tombés sur le chemin, traversé la rivière à deux reprises, glissé dans la boue… bref, on s’est battu, mais nous l’avons trouvé !!

La mine de Finosa fut exploitée pour son plomb argentifère, son zinc et son cuivre, durant une cinquantaine années. Elle sera définitivement fermée en 1957, les conditions de sécurité n’étant pas/plus jugées optimales.

Ici aussi, comme à Rosse, où nous nous attendions à voir des habitants sortir des ruines, le temps semble s’être suspendu. Des machines et outils ouvrent le site. Ils sont là posés lourdement sur les rives de la Finosa, rongés par les décennies.

Au-dessus, la montagne est à vif. Le spectacle est saisissant. Le site est si enfoncé, si encaissé, qu’il est impossible d’avoir la moindre vision sur lui, tant que nous n’y sommes pas arrivés.

vecchia mina - Ghisoni
Mine de Finosa

Il y a quelques années, il était possible de rentrer dans les tunnels, aujourd’hui les entrées ont été bétonnées, et je ne trouve pas ça plus mal… C’est certain qu’on repart avec une petite frustration, mais s’il arrivait le moindre accident, vous pourriez toujours gueuler… seuls quelques cochons sauvages vous entendraient…

Nous avons donc simplement fait le tour du site, ramassant quelques cailloux pour nous souvenir de notre épopée fantastique.

Au retour, nous avons de nouveau escaladé les arbres, retraversé la rivière deux fois, glissé dans la boue, retrouvé le hameau, pris à gauche, puis encore à gauche, retraversé le pont… et nous sommes remontés à voiture, fiers de nous !

Yes, we did it !!

NB : Si, à la fin de cette lecture, à la lueur des derniers éléments narrés ci-dessus, vous vous dites que nous sommes une famille de dingues… je ne peux pas vous en vouloir…


Rosse en pratique

Pour vous rendre au hameau de Rosse, il suffit de prendre la route entre Ghisonaccia et Ghisoni, après le tunnel du barrage de Sampolo, commencez à pister un chemin sur votre droite, il y a la place pour vous garer sur le bas côté. Il y a un petit panneau qui indique le hameau, mais il n’est pas visible si vous venez de la plaine. Il faut compter 45 minutes pour arriver à la première maison. N’essayez pas de prendre le chemin en voiture, à moins d’avoir un super 4×4 de l’extrême : le chemin est très accidenté.

Vecchia Mina en pratique

En montant à Ghisoni, garez-vous à proximité de l’auberge Vecchia Mina, ou sur le parking une centaine de mètres avant. Empruntez le pont (visible depuis la route), tournez à droite, puis encore à droite, traversez le hameau abandonné de Paganellu et marchez en suivant le plus large chemin pendant un peu moins d’une heure. Bonne chance ^^


Encore un grand merci à Éric, notre hôte, sans ses conseils, nous n’aurions pas vécu ses moments d’exception.

Deux balades familiales dans la Vallée du Fiumorbo

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12 comments
  1. chachaaventuriere

    Envoie immédiatement cet article à spielbergStu tiens là le futur film d’aventure au box office des 20 prochaines années ! À vous Hollywood

    1. mitchka

      oui, il y en a pas mal des lieux comme ceux là. Notre hôte nous a expliqué que c’est souvent à cause de l’indivision : les maisons ne peuvent pas être partagé comme chez nous lors d’un héritage … c’est une loi vieille comme Napoléon, et ça fout la merde puisque les maisons sont à la fois à tout le monde et à personne !!

  2. unevaliseetdeuxpoussins

    La première rando avec ta poulette m’a fait beaucoup rire. Mais je sais que si j’avais été à ta place, j’aurais flippé plus tôt et je ne crois pas que je serais allée jusqu’au bout. Mais les cloches qui devaient sonner dans ce silence absolu ça devait être fort!!

    1. mitchka

      je ne cache pas que j’ai hésité à faire demi-tour une paire de fois, mais c’était ridicule de faire marche-arrière … et heureusement que je suis passée au dessus de mes petites angoisses parce que ce fut un beau moment. Et oui, faire du bruit dans ce lieu suspendu c’est une sensation très étrange …

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