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France

On dirait le nord #EnFranceALens

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Avant de faire partie du collectif #EnFranceAussi (pour rappel, le meilleur collectif du monde entier), je ne crois pas m’être jamais posé la question de savoir si j’avais envie de visiter le nord de la France, et Lens encore moins.

Oui, c’est moche comme constatation.

Mais, le fait est que j’ai grandi dans un endroit qui ressemble à la Louisiane, à l’Italie, il y avait du linge étendu sur la terrasse et c’était joli. Pour ma grand-mère, le nord c’était au-dessus de Montauban, et à la maison, à chaque fois que quelqu’un parlait du nord, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’un autre pays, que dis-je, d’un autre monde qui ressemblait vaguement à l’entrée des enfers !

Et, pour être honnête, avant d’aller à Lille et Roubaix en 2018. Je voyais le nord en noir et blanc, j’imaginais que les rayons du soleil étaient si pauvres là-haut que la chlorophylle ne pouvait se développer dans aucune plante, laissant une plaine désolante et désolée.

… Ce que nous pouvons être jeunes à 35 ans !

Il est tout à fait possible que j’exagère un petit peu mes propos … mais pas tant que ça ^^

En 2018, j’ai donc découvert Lille et Roubaix, et je fus très enthousiasmée par cette visite nordique. Quelques jours plus tard à peine, le collectif a été de nouveau invité à retourner dans les Hauts-de-France, pour aller à Lens.

Je vous place une petite carte pour éviter aux sudistes de googleliser Lens entre deux paragraphes ; ça leur permettra aussi de géolocaliser Amiens et Reims, et découvrir qu’Arras est une ville française et non belge.

Il m’était impossible de passer la Loire deux fois dans la même année  de me rendre à Lens cet automne-là pour des raisons professionnelles, mais je l’ai amèrement regretté, car, celles qui firent le déplacement furent intarissables sur Lens pendant des mois.

D’un coup, d’un seul, Lens était devenu le nouveau Chiang Mai, et (ô drame, ô désespoir) je n’avais pas fait partie du voyage.

Mais, étant membre du meilleur collectif du monde (pour rappel #EnFranceAussi), j’ai aussi les amies les plus géniales du monde.

Aussi, un jour, dans un éclat de rire, devant quelques  un verres de Gewurztraminer (et un perrier pour moi), alors qu’une partie de l’équipe était réunie, Paule-Elise nous annonça qu’elle préparait, avec son épouse Hélène, une exposition de leurs photographies au Mémorial 14-18 de Notre-Dame-de-Lorette.

A ce moment, notre enthousiasme d’être ensemble s’est transformé en joie, en euphorie, en un moment de bonheur intense !

Le bonheur de voir Paule-Elise et Hélène faire aboutir leur projet, et la joie de s’imaginer être là pour les voir « couper le ruban ».

Le Gewurztraminer n’était pas encore terminé, que Sylvie et moi étions déjà en train de préparer ce nouveau weekend à Lens. (Parce que Notre-Dame-de-Lorette, c’est juste à côté de Lens – je précise pour ceux qui ne suivent pas)

Pour mettre en place ce projet, nous avons fait appel à deux bonnes fées : Charlotte, ambassadrice Hauts-de-France pour le webzine #EnFranceAussi, et Florence, chargée de communication pour l’office de tourisme de Lens-Liévin.

Florence nous accueillit avec toute la chaleur que l’on attribue aux gens du nord, et nous concocta un programme parfait entre tourisme patrimonial, moments conviviaux, et ascension périlleuse de terril.

Lens, de haut en bas

Nous sommes arrivées à Lens sous un ciel bleu sans nuages. Une journée idéale pour flâner en terrasse, arpenter les rues de Lens ou … monter sur un terril.

Florence fit le choix pour nous, et nous partîmes pour les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle.

Un terril est une petite colline (pour les sudistes), ou une montagne (pour les nordistes), artificielle, résultat de l’entassement des déchets miniers. La plupart du temps, les terrils sont coniques, mais ils peuvent aussi former des plateaux ou des sortes de bandes horizontales.

Et pour votre information, on ne dit pas terriL mais terri. Autant vous dire que prononcer Terri, c’est une véritable torture pour moi !

Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, aussi appelés du 11/19 – selon les chiffres que portaient les puits de mine – sont les plus hauts d’Europe. Culminant à 186 mètres et affichant un dénivelé de 150 mètres, classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO (avec l’ensemble du bassin minier), ces terrils sont devenus un site emblématique de la région, et un lieu de randonnée pour de nombreux touristes.

On ne va pas se raconter d’histoire, si la balade est vraiment agréable, la vue qu’offrent les terrils n’est pas celle à laquelle on s’attend quand on gravit un sommet (aussi bas soit-il). Ce n’est pas beau, pas au sens premier du terme en tout cas.

Mais, quand on grimpe sur ce dôme noir, lui-même témoin d’un passé amer, que Lens se déroule peu à peu sous nos yeux entre corons et terrils, avec en toile de fond la colline Vimy et son mémorial, on ne peut qu’être emporté par le lieu.

C’est un sentiment extrêmement poignant, qui va bien au-delà de savoir si c’est beau ou pas. Lens m’est alors apparu comme un échiquier. Dans les cases noires, le passé, dans les cases blanches, ce que les lensois en ont fait.

A Lens, l’Histoire, notre Histoire à tous, est gravée dans chaque artère de la ville, chaque pierre, chaque morceau de terre. Ici ce sont écrites des pages entières de notre pays, et c’est sûrement cela que je voyais tout gris depuis le Sud.

Et certes, personne n’ira à Lens pour bronzer, mais il faut aller à Lens pour comprendre.

Moi, du haut de mes 37 ans presque et demi, j’ai compris des choses qui m’étaient jusqu’à ce jour complètement obscures.

Florence nous a fait visiter l’échiquier méticuleusement, nous avons découvert les cases noires : les champs de bataille, les tranchées, les mines …Et, avec l’aide de son équipe et de ses prestataires, elle nous a ouvert toutes ces incroyables cases blanches : l’ancienne fosse n°9 devenue le Louvre-Lens, les corons devenus un superbe hôtel respectueux de son histoire, les terrils devenus lieu de randonnée, le mémorial de Vimy, Notre-Dame-de-Lorette, l’anneau de la mémoire, le mémorial 14-18 … autant de lieux qui permettent de s’imprégner de l’héritage du territoire comme de l’esprit de ses habitants.

 

Dans les entrailles de Lens

C’est dans la lumière rasante du nord que nous avons commencé à découvrir la ville. Les immeubles rouge sang m’ont rappelé ma Toulouse natale, et je me suis sentie enveloppée par la chaleur de la brique.

centre ville de lens
Immeuble du centre-ville

J’ai aimé découvrir la cité minière, entièrement reconstruite après la Première Guerre Mondiale, un quartier calme et résidentiel, sûrement très loin de ce qu’il fut dans le passé. L’alignement des corons, les maisons des maîtresses à côté de l’école, celle du docteur ou de l’ingénieur, autant de bâtisses qui montrent comment ces petits villages fonctionnaient.

Tout y était pensé pour faciliter le quotidien des ouvriers, c’était « le bien-être au travail » avant l’heure, un bien-être au profit du rendement de la mine naturellement.

Par exemple, loin des comptoirs et des rumeurs, les mineurs pouvaient s’occuper « sainement » dans leur jardin … des coups de bêches qui entretenaient l’air de rien la musculature nécessaire pour travailler au fond des mines…

Un peu plus loin dans le quartier, nous découvrons l’hôtel du Louvre-Lens : un 4* établi dans d’anciens corons. La brique rouge a été peinte pour rejoindre la couleur du charbon et donner le ton.

Ici, il n’est pas question de renier un passé ouvrier, mais de l’asseoir dans chaque détail.

Les longs couloirs sombres sont entrecoupés de grandes baies vitrées qui relient les différents « blocs » : elles baignent ces espaces de lumière pour rappeler qu’autrefois ces passages étaient des ruelles.

Si nous avions eu la chance de commencer notre découverte de Lens sous un soleil bienfaisant, le samedi matin, le ciel bleu nous avait quitté (à tout jamais), et c’est sous une pluie fine que nous avons continué nos pérégrinations.

C’est sur la colline de Vimy que la journée a commencé.

Le 9 avril 1917, la colline de Vimy vit sur ses flancs se dérouler une des batailles les plus importantes de la Première Guerre Mondiale. Après de longs mois de préparation, les soldats canadiens, soutenus par les alliés, reprirent la crête aux Allemands en trois jours. Une guerre de tranchées violente et sanglante qui laissa le Canada profondément endeuillé.

En remerciement, et en reconnaissance de leur courage, la France céda 110 hectares de la colline au Canada. C’est ainsi aujourd’hui, vous pouvez vous rendre en terre canadienne en allant dans le Pas-de -Calais.

On nous a juré que la vue depuis le Mémorial était exceptionnelle, mais je ne peux malheureusement pas en témoigner ^^

La visite continua par le centre d’accueil, qui abrite plusieurs expositions, les tunnels qui reliaient les tranchées, puis par une balade sur le site pour comprendre la disposition de celles-ci.

Dans mon imagination, les tranchées étaient très éloignées les unes des autres, j’imaginais une plaine large de plusieurs centaines de mètres entre deux camps ennemis. Mais il n’en est rien. Sur le site de Vimy, on peut constater la proximité des tranchées, et comprendre alors l’horreur de ces combats quasiment corps à corps.

Le sol encore meurtri par les bombes, déchiré par les tranchées, est peu à peu réinvesti par la nature … Ce qui rend le lieu particulièrement paisible et émouvant.

N’y voyez là aucun sadisme de la part de Florence, mais en sortant des tranchées, celle-ci nous a conduites dans un autre lieu chargé de larmes : la colline de Notre-Dame-de-Lorette.

Et ce fut un choc.

Arrivées sous une pluie battante, dans un paysage gris et clairement lugubre, la vue des croix alignées à perte de vue m’a pris à l’estomac.

Occupée pendant plus d’une année par les Allemands, il faudra plusieurs mois aux troupes françaises pour reprendre la colline. Rapidement surnommée la « la colline aux cent-mille morts », elle devint dès la fin des combats un lieu de recueillement.

En 1924, le site, nommé Nécropole Nationale, abrite alors 20 000 tombes individuelles (de soldats qui ont pu être identifiés) et plus de 22 000 corps de soldats inconnus dans des ossuaires : les corps des soldats tombés dans l’Artois et les Flandres, les territoires qui ont vu les affrontements les plus violents, et les plus longs.

Ces croix, toutes identiques, sans distinction de grade ou d’appartenance, dans ce décor empreint d’humilité, imposent le silence et le recueillement immédiat.

En face, l’Anneau de Mémoire, inauguré en 2014, pour le centenaire de la guerre, arbore les noms des 579 606 personnes, issues de 40 nationalités différentes, tuées sur le front Nord-Pas-de-Calais entre 1914 et 1918.

En marchant à l’intérieur de l’anneau, on se sent petit et impuissant, comme si la folie du monde raisonnait en nous.

C’est imprégnées de l’ambiance de ces sites, que nous sommes arrivées à l’exposition de Paule-Elise et Hélène au Mémorial 14-18 de Notre-Dame-de-Lorette.

Leur exposition, Vest Pocket Memories, est un projet porté sur plusieurs années. Passionnées par l’Histoire, elles ont toujours arpenté les routes, avec leur van, portées par le tourisme de mémoire.

En 2016, elles se lancent dans un nouvel itinéraire, sur les traces de la Première Guerre Mondiale. Déçues par leurs premières photographies « numériques », trop froides, elles décident de dégoter un appareil de la Première Guerre pour redonner du sens à leurs clichés. C’est ainsi qu’elles vont parcourir l’Europe avec un Kodak Vest Pocket, un petit appareil très répandu durant la guerre.

C’est avec beaucoup d’émotion, voire quelques larmes dans la gorge, que nous avons écouté Paule-Elise et Hélène présenter leurs travaux.

Chaque cliché raconte l’histoire d’un lieu, d’un homme, d’un fantôme. Ils ne sont pas parfaits, ils ne cherchent pas à l’être. Passerelles entre deux époques, deux siècles et plusieurs générations, ces photographies, et ces textes, nous rappellent l’importance de faire vivre notre histoire, et de ne pas l’enterrer … ça nous évitera peut-être, plus tard, de marcher sur des mines.

Leur exposition Vest Pocket Memories est visible jusqu’au 17 mai. 

Lens et ses environs en pratique

Où manger à Lens ?

Où dormir à Lens ?

  • Hôtel le Louvre-Lens, son emplacement est parfait pour découvrir Lens
  • La maison d’hôtes et gîte L’heure Bleue à Givenchy. Que vous soyez en duo, en famille ou entre amis, c’est le lieu idéal pour se poser dans la région… et le petit déjeuner est extraordinaire !

Que visiter en plus dans la région ?

  • Visiter le musée du Louvre-Lens naturellement ! Sa galerie du temps est d’une intelligence jamais observée ailleurs. Je conseille vivement, notamment avec des enfants. J’ai bon espoir d’y amener mes filles un de ces jours.
  • Visiter une brasserie, comme Page 24, un lieu accueillant où vous pouvez vous poser pour regarder un match du RCLens par exemple 🙂

Et pour une visite complète de la ville, je vous conseille la lecture de l’article 9 idées de visite à Lens (et ses environs) par #EnFranceAussi

Ce week-end, comme mentionné dans l’article, fut organisé par l’office de tourisme de Lens-Liévin. Nous les remercions chaleureusement pour cette invitation, et espérons remanger des frites très rapidement avec Florence et son équipe.

Collectif enfranceaussi
Le meilleur collectif du monde ^^ (Copyright photo – Inès du blog les Millet du 62)
3 comments
  1. Paule-Elise

    Lens, le nouveau Chiang Mai, j’ai ri. C’est un endroit qui ne laisse pas indifférent, et je suis vraiment contente de voir qu’il t’a émue comme il nous émeut chaque fois qu’on y va. Merci encore d’avoir eu l’idée géniale de venir nous aider à couper le ruban ! C’était top que vous soyez là ❤

  2. Sabrina

    Mitchka, ton article raconte à merveille, le Nord, ce Nord que l’on aime tant, nous les ch’tis d’origine et vous les non cheuteumis qui comme toi qui viennent faire connaissance avec cette région. Tu as parfaitement exprimé ce qu’il est aujourd’hui. Entre attachement éternel à son passé pourtant si douloureux (y a pas ils ont pris cher les gars du Nord, mineurs, ouvriers, soldats, femmes..) et cette farouche envie de se tourner vers l’avenir. Un bel avenir!
    Ton récit est très touchant. Merci

  3. Annabelle

    Lens, l’endroit où l’on devrait tous aller, je confirme! La ville est carrément passionnante. On découvre toujours le nord en même temps et c’est chaque fois un étonnement. Et pour le meilleur collectif du monde, je seconde! C’est toujours un grand plaisir de vous retrouver.

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