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Parc national de grand téton - wyoming
Etats-UnisWyoming

Dans le (gros) ventre de Grand Téton

Parc national de grand téton - wyoming

C’est un pneu crevé qui nous avait conduit jusqu’à Rock Spring. À 14 h, après quelques mésaventures, notre roue était changée, et nous avions comme option de continuer notre route vers le nord, ou de rester là une nuit pour souffler.

Nous avons continué vers le Nord.

La pesanteur du désert, son ambiance safranée et sa chaleur poussiéreuse, commençaient à nous étouffer. Nous avions besoin d’air frais. Même si celui-ci se trouvait à 3 h de route, dans une zone ultra touristique et que nous n’avions réservé aucun hébergement.

Avant de partir, on se dit que la route va être longue, et on charge quelques GoGo Squeez (la pompote américaine), des paquets de chips, du café et de la confiture (les bases de notre alimentation en voyage), et nous prenons la route… ravis de quitter cette ville que nous n’avions pas prévu de voir.

Notre objectif n’est pas d’atteindre le parc national de Grand Téton ce soir, ce serait trop compliqué pour trouver un hébergement, même un simple emplacement. Nous voulons simplement avancer, avancer, avancer… retrouver des forêts, la fraîcheur des soirées, l’humidité de la rosée du matin. Le désert nous a mis à sec ces 5 derniers jours.

Les kilomètres défilent, et avec nos angoisses de la matinée s’estompent, notre colère retombe, on respire de nouveau. À l’arrière, les filles s’occupent en silence ou dans de grands éclats de rire… et la route continue de se dérouler devant nous : Eden, Farson, Boulder, Pinedale…

On va finir par arriver à Grand Téton, et nous serons piégés par la masse de touristes. On s’arrête, on a repéré un camping près de la Snake River au sud de South Park (!!). Plein. La réceptionniste nous indique un autre camping autour d’Hoback, mais elle ne peut pas nous garantir la disponibilité : c’est premier arrivé, premier servi.

Il y a de la place, mais le camping est quasiment sur la route, sur le bas-côté d’une des deux voies qui mènent au parc, on continue notre chemin.

Et ce qu’il devait arriver arriva. Nous arrivâmes à Jackson.

La ville était pleine à craquer, nous n’avions pas croisé autant de monde depuis… depuis jamais en fait ! Même les rues de Denver étaient bien moins grouillantes que celles de Jackson. Malgré le monde, elle donnait tout de même envie de s’y arrêter. Elle ressemblait un peu à un village factice, avec ses chalets, ses cow-boys et ses bois de cerf suspendus un peu partout… et, on avait, tout d’un coup, envie de faire partie de ce décor, ne serait-ce qu’un instant.

Mais la foule nous poussait, les places de stationnement ne couraient pas les avenues ; et avant même que nous puissions nous en rendre compte, la ville nous avait déjà mis dehors. Nous partions désormais en direction du parc, un peu désorientés, je l’avoue.

Un panneau Visitor Center nous sortit de notre torpeur. Rapidement, nous expliquons que nous cherchons un camping (la moindre chambre d’hôtel/motel approchant ici les 250 $ au mieux). Un ranger aux cheveux blancs, et au regard tendre, nous expliqua rapidement que nous allions devoir nous bouger les fesses : tous les campings étaient pleins ou presque !

Le seul qui affichait encore de la place 10 minutes plus tôt, c’était le Gros Ventre Campground.

Avant de nous laisser partir, le ranger nous fit un plan pour nous indiquer un autre site vers lequel nous pourrions nous rabattre au cas où Gros ventre serait plein, et enfin un 3e lieu, un emplacement sur lequel il est autorisé de faire du camping sauvage… mais sur lequel il n’y a rien.

Il ne faut que vingt minutes pour rejoindre Gros Ventre depuis Jackson, mais ces vingt minutes nous semblèrent interminables. Et elles furent bien trop longues. En arrivant, il était trop tard. Gros Ventre était full !

Nous partîmes alors en direction du plan B, en priant pour ne pas avoir à sortir le plan C.

Notre plan B s’appelait Artherton Creek, un camping « primitif » au bord du Lower Slide Lake. On filait à présent à travers le parc, sur une route accidentée, on ne comptait plus les cratères nids de poule évités, et la voiture nous secouait dans tous les sens.

Nous étions suivis de près par trois ou quatre voitures qui ne connaissaient pas le chemin. Nous étions les seuls à avoir le sésame en main : le plan de notre ange gardien du visitor center ! Et devant le panneau Full du Gros Ventre Campground, Jac s’était imposé malgré lui en leader, grâce au précieux papier.

En arrivant au lac, des voitures surgirent de partout. Il était difficile de comprendre la route que ces visiteurs avaient empruntée : nous pensions déjà être au bout du bout du chemin. Mais ils étaient là, tous implorants de leur laisser une place pour la nuit… comme nous.

Un ranger de 3e catégorie, petit, chauve, bidonnant et incompréhensible, nous fit des signes dans un sens, puis dans un autre… les voitures s’adonnaient à présent à une valse insolite sur les étroits chemins d’Artherton Creek.

Le spectacle dura bien quarante-cinq minutes, temps au bout duquel le 3e catégorie nous attribua un emplacement plutôt plaisant, à partager avec une autre famille, venue de Seattle : Maureen et ses trois filles.

Une cohabitation forcée qui donna lieu à une rencontre inattendue, et à des tentatives désastreuses de ma part de mettre en pratique mon anglais plus que rouillé !

Maureen et ses filles campaient, comme tous les Américains, avec une tente immense, des matelas gonflables dignes des meilleurs lits, une glacière -mini frigo, un coffre plein de nourriture, une vraie gazinière portable, des chaises pliantes à disposer autour du feu, et des marshmallows à griller sur icelui.

Nous, on campait comme… nous ! Avec une valise qui contenait TOUT notre matériel de camping : 2 mini tentes 2 places, 4 matelas gonflables ultra-light, 4 sacs de couchage, 1 casserole, 4 assiettes, 4 verres, 4 mini fourchettes (parce que prendre des grandes aurait été superflu), 4 petites cuillères et 2 couteaux. Et un réchaud à 16 $ qu’il fallait rallumer toutes les trois minutes environ.

Notre cohabitation ressemblait un peu à une sorte remake chelou, du genre « David contre Goliath : au camping ».

Quand elle nous a vu nous installer, Maureen nous a demandé si nous avions à manger. Ce à quoi nous avons acquiescé, ce à quoi elle a répondu « Of course, you have to eat »…

Oui, of course !! Ce n’est pas du tout notre genre de s’enfoncer dans une forêt profonde sans bouffe !! On a de la confiture et des GoGo Squeez : on fait clairement rêver tous les ours du coin avec un tel achalandage !

Heureusement, il nous restait un demi-paquet de pâtes et de l’huile d’olive. Notre honneur était sauf.

Elles, elles ont mangé du poulet et des pommes de terre braisés… et j’ai préféré ne pas rester pour voir ce qu’elles avaient prévu pour le dessert… car, c’est certain, elles avaient prévu quelque chose !

Par contre, quand Nounou et Joujou ont vu Maureen sortir du ketchup de sa glacière -mini frigo, leurs yeux ont quitté leur orbite un instant.

Et Nounou a lâché le couperet sur notre famille : « Mais nous, on est vraiment nul en camping ».

Devant ce jugement fatal, sans essayer de riposter, ni même de me lancer dans un débat que je savais perdu d’avance, je suis allée quémander du ketchup à nos colocataires.

Les pâtes à l’huile au ketchup et une Gogo Squeez plus tard, nous sommes descendus au bord du lac apprécier les derniers rayons du soleil, profiter d’être là, ensemble, maintenant.

Si cette journée fut particulièrement éprouvante, elle fut aussi incroyablement surprenante et bouleversante. Elle fut ponctuée de rencontres et de sourires : de l’aube, avec ce garagiste qui nous a vérifié et regonflé la roue sans rien nous demander avant de quitter Dutch John, à l’agent d’accueil d’Avis à Rock Springs qui a nous évité l’arnaque d’Hertz, au ranger de Jackson qui a pris le temps de nous expliquer un plan B et C, et enfin à cette soirée en compagnie Maureen qui nous a offert du ketchup…

Oui, ce fut une journée folle qui valait bien un article et demi !

Dans la soirée, Maureen nous avait prévenus que les tous les campings du parc national de Grand Téton pratiquaient le « premier arrivé premier servi » et affichaient complet dès 8 h du matin !

Aussi, le lendemain, c’est à 6 h, nous avons plié notre campement et jeté les filles, encore dans leur sac de couchage, dans la voiture. Car, si certains, comme nos voisines, pouvaient tenir un siège sans problème dans cette contrée lointaine, nous, il nous fallait nous ravitailler en pâtes !

Et c’est par un tout petit 3 °C que nous avons repris notre route parsemée de cratères nids de poule… nous offrant alors une des plus douces cartes postales du voyage : la chaîne des Tétons dans les premiers rayons du soleil.

Parc national de grand téton - wyoming


Camper autour de Jackson – dans le sud du parc national de Grand Téton

  • Le camping de Gros Ventre [29 $ la nuit] est de loin la meilleure option, même s’il ne dispose pas de douche, le camping est grand, et pas très éloigné de Jackson.
  • Le camping d’Atherton Creek [15 $ la nuit], que nous avons découvert malgré nous, est une excellente option si vous avez envie d’un camping plus sauvage, mais avec tout de même une toilette sèche et un robinet d’eau froide à votre disposition ! Le cadre est magnifique, et si vous êtes bien équipés, c’est le lieu idéal pour une retraite… si 200 touristes désorganisés n’arrivent pas à la tombée de la nuit !
  • Il existe après Atherton Creek un autre site de campement (de 6 emplacements – donc ultra primitif), le Crystal Creek, mais pour y aller il est nécessaire d’avoir un 4×4, une bombe anti ours et beaucoup de motivation ! Le site est régulièrement fermé à cause de la montée des eaux de la rivière Gros Ventre… donc ce n’est pas parce que vous le voyez sur la carte que vous pouvez compter dessus !
  • En dehors du parc, au sud de South Park, un camping Koa, au bord de la Snake River, semble être un point de chute parfait pour découvrir les environs… mais la réservation est plus que conseillée !!

Aucun camping du parc national de Grand Téton ne peut être réservé en avance : vous devrez donc faire preuve d’un peu d’organisation, si, comme nous, vous visitez le parc en plein été. Que la force soit avec vous.


Ce jour-là, nous avons parcouru 423 kilomètres depuis Dutch John – Utah.

19 comments
  1. FoguEscales

    j’avais hâte de la suite… et je ne suis pas déçue !
    Du grand Fish & Child'(ren)
    A chaque fois que je lis un chapitre de vos aventures familiales, je vous « vois » comme si je regardais un film (loufoque) !!!
    ça se prêterait bien à un scénario de série télévisée type « parents – mode d’emploi »…

    1. mitchka

      oui, c’est un coin perdu du parc, loin du circuit habituel, en dehors de quelques touristes paumés, il n’y a pas beaucoup de visiteurs … alors que le lieu est sublime !!

  2. Annabelle Fréchette (@MatanteA)

    Je ne pars jamais en camping sans mon super matelas digne d’une américaine typique, mes chaises pliantes avec porte-gobelet, une bonne livre de viande hachée, une bouteille de vin, des pâtes et du ketchup! C’est vrai que vous êtes nuls pour le camping (mais tellement divertissants)! :p

  3. LaDivia

    Ton expérience en camping et la comparaison avec tes voisines me rappelle la mienne, alors étudiante, où nous avions passé quelques jours à Collioure, deux tentes, 5 places au total pour 6 personnes (quelqu’un dormait dans la voiture), pas de réchaud (les voisins riaient de nous voir manger à chaque repas une salade maïs – thon – tomate). On est passé pour des losers mais que c’était drôle ! J’ai hâte de découvrir la suite.

  4. Arthur Thibaut

    Quelle journée ! Ca vaut le coup quand même vu la beauté du lac ! Mais tu m’as définitivement découragée d’y aller … J’aime pas chercher où dormir en voyage, j’aime quand c’est réservé et que je peux profiter tranquillement. Ou sinon, en camping sauvage, mais j’aime connaitre mon emplacement à l’avance et pas passer 3 heures à le chercher ! 😀

  5. Isa

    J’attendais d’être enfin au calme dans mon bain pour savourer ton article (faut croire que je ne te lis que nue, rrrrr)
    La sentence des filles… Ahah ! J’ai tellement aimé revivre ces instants grâce à toi ! Merci d’etre drôle (ça manque souvent :-p)

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