Des livres et moi #2

Voilà, le (2e) moment tant attendu est arrivé. Après la sélection des filles, je me prête à ce petit rituel de fin d’année avec ma propre sélection de livres.

Alors cette année, j’ai continué des séries, j’ai tenté des choses, j’ai été déçue, amusée, j’ai ri, j’ai eu « mal », et parfois même j’ai pleuré … bref, j’ai lu. Comme l’année dernière je ne m’arrêterai que sur les livres qui m’ont marquée, en bien ou en mal … bon non, juste en bien en fait parce que je n’aime pas trop dire du mal des livres.

La curiosité peut cacher 552 pages

J’ai commencé l’année en me lançant un challenge : lire un livre de fantasy. Oui, je sais c’est un défi qui vous laisse sans voix je m’en doute. Trêve de plaisanterie, la fantasy, ce n’est pas du tout mon truc. Pour preuve, personne n’a jamais réussi à me faire lire (ni voir) Le Seigneur des Anneaux … ni même Harry Potter !! C’est pour vous dire à quel point je suis hermétique à ce genre de littérature . Et puis, tout a basculé. A Noël dernier (oui, je vous annonce de suite, ça va être long), Nounou a reçu Le Grimoire de Merlin, un ouvrage qui rassemble différentes fables et légendes … perdu au milieu, nous sommes tombées un jour sur une vague description de Gormenghast, un château gigantesque dans lequel réside la famille d’Enfer … jusque là, rien d’incroyable … mais le texte s’achève en mentionnant que l’auteur/créateur de ce monde avait petit à petit sombré dans la folie. Ah !! Voilà qui me parle !! J’ai une passion, non pas pour la folie (ce serait étrange), mais pour les auteurs – et artistes – un peu azimutés (beaucoup moins étrange!). Il ne m’en fallait pas plus. Je me suis donc renseignée sur l’auteur de Gormenghast : anglais de son état, dessinateur et illustrateur de métier, Mervyn Peake n’a jamais eu de succès de son vivant avec ses écrits … dire qu’il en est devenu fou, c’est un peu fort, mais effectivement il était un peu déprimé par ses échecs littéraires. Pourtant, aujourd’hui, tout le monde (les spécialistes du genre) s’accorde sur l’influence des œuvres de Peake sur la fantasy anglo-saxonne. Un château immense, un auteur maudit … et coup de bol, les 2 premiers tomes dans une librairie de Tarbes.

Voilà, pour le contexte. C’est un peu long mais je me devais de vous expliquer (ou pas) dans quelles conditions je me suis lancée dans les 552 pages de Gormenghast.

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Et alors ?? Je ne vais pas vous mentir, les 250 premières pages sont un peu longues à avaler mais c’est le temps qu’il faut à l’auteur pour planter le décor et les personnages. Ce cap passé, c’est devenu plutôt intéressant, et je me suis laissé entraîner jusqu’au point final. Mervyn Peake nous emporte dans un pays sombre (et heureusement imaginaire), sur lequel règne la famille d’Enfer. Un héritier vient de naître et c’est un monde figé dans un équilibre (très) instable qui semble basculer. Je ne sais pas si l’auteur est devenu fou en écrivant ce livre mais ce qui est certain, c’est qu’il fallait être fou pour le coucher sur du papier. Malgré tout, j’ai pris beaucoup de plaisir à naviguer dans ce monde un peu glauque (non, très glauque), et à la dernière ligne, je suis restée sur ma faim. J’ai donc entamé le 2e tome immédiatement, mais le 2e volet ne reprend pas où l’histoire s’arrête, de nouveaux personnages sont mis en place, etc. … et là, je n’ai pas eu la foi pour me retaper 250 pages d’explication de texte. J’ai abandonné.

J’ai donc réussi mon challenge personnel : lire un livre de Fantasy. Mais pas 2.

Des histoires d’êtres humains

Laissons le monde imaginaire, et entrons dans le monde des romans !! 🙂

C’est un genre que j’apprécie car il permet de parler de l’être humain de façon très intime sans nous donner la sensation de lire une analyse psychosociologique … et pourtant …

Voilà les 3 romans qui m’ont marquée cette année. Ils font partie de ces livres que vous lisez en quelques jours, tant vous avez envie de connaître la fin, de savoir ce qu’il va advenir de ce pauvre jeune homme ou de cette famille complètement dingue. Ils font partie de ces livres qui vous font souffrir et rire, pour, et avec, le (ou les) héros.

  • L’invité du soir de Fiona McFarlane. C’est l’histoire d’une dame à la retraite, Ruth, qui vit seule sur une plage un peu reculée d’Australie. Elle est encore tout à fait autonome, mais la vie (pour ne pas dire la mort) commence à la fatiguer ; elle commence à avoir des visions, à entendre des choses étranges dans la maison. Un beau jour une femme sonne à sa porte s’annonçant comme son aide à domicile envoyée par le gouvernement. Ni elle, ni ses fils, ne se posent de questions, on a besoin d’elle … l’aide ménagère prend ses marques. Ruth sort de sa solitude, la vie reprend, des projets naissent. Le lecteur est heureux de voir Ruth reprendre ses esprits. Mais comme la vie est une sacrée enfant de salope, l’insouciance d’une nouvelle jeunesse ne dure pas longtemps. On ferme le livre un peu triste et écœuré, mais en même temps une autre fin n’aurait pas été réaliste.
  • Crême anglaise de Kate Clanchy. Struan est un jeune homme intelligent, brillant, altruiste, bien fait et écossais : il est parfait quoi 🙂 Mais Struan est aussi profondément gentil …. il est de ces êtres qu’un nuage gris suit en permanence malgré toute la générosité dont ils font preuve. Une opportunité le propulse aide à domicile d’un illustre écrivain dans le coma. Entre l’ex-belle femme acariâtre et le fils mythomane, la fille boulimique et la nouvelle femme trop belle pour être vraie, Struan va aller de déception en coup de cœur … et de coup de cœur en déception. On souffre avec lui, on déteste cette famille puis on les aime bien, puis on le re-déteste, etc. Mais du début à la fin, on soutient le jeune homme parce que nous voudrions tous avoir un Struan dans notre vie.
  • La famille Fang de Kevin Wilson. Je vous le dis tout de suite vous allez haïr les parents Fang. Ils sont horribles, cruels, dépourvus de morale, bref, ils sont détestables. Rarement j’ai lu un livre où les héros sont si antipathiques au lecteur. Mais pourquoi tant de haine me demanderez-vous ? Les parents Fang sont des artistes, ils créaient des performances dans lesquels ils mettent en scène leurs enfants. Les premières années c’est un jeu pour leur progéniture, mais en grandissant les règles vont changer, ou plutôt non, elles ne vont pas changer et c’est bien ça le problème : leurs parents chercheront toujours à aller plus loin… et ils vont aller très très loin. C’est complètement tordu mais c’est à lire.

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Les Bandes Dessinées à ne pas rater

Cette année, il y a trois BD qui sont sorties du lot … je préviens tout de suite, dépressifs s’abstenir …

  • Fatalitas de Frédéric Chabaud et Julien Monier. C’est l’histoire de 3 petits mecs un peu glandeurs, un peu voleurs, mais pas bien méchants, qui se retrouvent au mauvais endroit au mauvais moment. Cette mésaventure va les conduire jusqu’aux Bat d’Af (Bataillon d’infanterie légère d’Afrique), dont on ne revient que dans un sale état … si on en revient. C’est une BD qui soulève un peu le cœur, pleine d’injustices, de bêtise et de haine… mais aussi construite sur l’Histoire. A lire, vraiment !!
  • Stern, le croque-mort, le clochard et l’assassin de Julien et Frédéric Maffre. Nous sommes dans les Etats-Unis de la fin du XIXe siècle, Elijah Stern est croque-mort dans le Kansas. Cet anti-héros, petit, maigrichon, et sombre, bien planté dans ce décor très westernisant, se retrouve malgré lui transformé en médecin légiste, puis en rapidement en « détective » parce que, naturellement, la mort de l’homme autopsié n’est pas accidentelle. On plonge donc dans une longue enquête aux côtés de Stern ; il est question d’Histoire, de vengeance, et de vengés … mais il est aussi question de Stern. J’ai adoré cette BD, le coup de crayon de Julien Maffre colle parfaitement au scénario qui, lui, est parfaitement bien mené. Il me tarde la sortie du second tome.
  • La cavale du Docteur Destouches de Christophe Mallavoy et illustré par Gaëtan et Paul Brizzi. Je ne sais pas trop comment cette BD est arrivée chez moi, peut-être un cadeau (sûrement). De moi même, je n’aurais jamais acheté une BD retraçant une partie de la vie de Louis-Ferdinand Céline, un auteur que je n’ai jamais réussi à lire. Et pourtant, quel plaisir ce livre !! C’est bien écrit, intelligent, bien documenté … Céline n’en sort pas grandi mais il n’en sort pas non plus plus vilain qu’on ne l’imagine déjà ; les illustrations des frères Brizzi sont justes géniales, oscillantes à chaque page entre le burlesque et l’hyper réalisme. Voilà une (3e) BD à lire !!

Je ne peux clore le paragraphe BD sans vous re-parler de l’Arabe du Futur de Riad Sattouf, le tome 3 est sorti cet automne et je continue de penser qu’il faut le(s) lire ABSOLUMENT !!

Lost in Idaho

  • Indian Creek de Pete Fromm. C’est un de mes livres fétiches de l’année, à Jac aussi d’ailleurs … c’est sûrement notre côté Davy Crockett (^^) qui parle, mais nous nous sommes régalés à la lecture d’Indian Creek. J’ai bien vu qu’à la fin de sa lecture, Jac se tâtait à faire son baluchon pour aller prendre la place de Pete Fromm au bord de la rivière 🙂 Bon, je vous raconte. Indian Creek (ou la Vie Rêvée de Jac) c’est l’autobiographie de Pete Fromm, qui, à 20 ans, s’est retrouvé à passer tout un hiver (et un peu plus)  au bord d’une rivière dans l’Idaho à garder des œufs de saumon. Le récit de ces mois de solitude en pleine nature, Pete Fromm l’a écrit bien plus tard, avec le recul des années et de l’âge, et c’est ce qui fait la valeur et l’intérêt de ce livre. L’auteur ne se fait pas de cadeau, il relate ses rêves de « vie de trappeur », ses déceptions, ses coups durs, ses coups manqués, mais aussi ses petites victoires, ses réflexions, et le plaisir de ces mois de solitude dans le creux de cette rivière qui pendant quelques mois n’a appartenu qu’à lui. Je pense que tous les amateurs de grands espaces apprécieront la lecture de ce livre, et je mets au défi qui que ce soit de ne pas apprécier la patte de cet écrivain qui manie l’auto-dérision avec talent : ce qui, bien sûr, a fait chavirer mon cœur !

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T’en veux tu des chroniques ?

En décembre dernier, je vous avais laissé sur mes prévisions de lectures. Et comme prévu j’ai lu la suite des Chroniques d’Edimboug d’Alexander Mc Call Smith. Alors si j’ai fermé « De l’importance d’avoir 7 ans » avec la sensation d’avoir lu le meilleur tome de la série, j’ai terminé « Le Blues de Bertie » un peu dubitative. J’ai trouvé l’ouvrage un peu bâclé, l’histoire n’avance pas, alors certes les personnages semblent prendre un nouveau tournant mais l’amorce est quand même légère … C’est ma petite déception littéraire de l’année.

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S’il ne devait en rester qu’un …

Et bien il en restera 6 !!

L’année dernière, en commentaire de ma sélection de livres, Isa, du blog Let’s Go, m’avait conseillé de m’attaquer aux Chroniques du Plateau Mont-Royal. J’ai eu du mal à les trouver mais j’ai fini par rassembler les 6 tomes au pied de mon lit. Et quel plaisir !! En quelques semaines, je suis devenue MichelTremblayAddict. Dès les premières pages, l’auteur nous immerge complètement dans le quotidien d’une famille très modeste, pour ne pas dire pauvre, du quartier (alors populaire) du plateau Mont-Royal à Montréal dans les années 50. On suit les personnages de tome en tome, en espérant qu’ils vont enfin trouver une porte de sortie à leurs galères qui n’en finissent jamais… C’est une série empreinte d’humanité, souvent sombre, mais parsemée de petits bonheurs. Michel Tremblay dresse là un très beau portrait de la société dans laquelle il a grandi, il montre et démontre à quel point c’est difficile de sortir de la misère, tant celle-ci retient par la manche ceux qu’elle a vus naître. Cette lecture m’a beaucoup fait penser à l’Assommoir – d’ailleurs il y a plusieurs clins d’œil à Zola dans différents tomes…  Mais malgré tout, on ne plonge jamais dans le pathos, car l’ambiance est à la fois lourde et légère, résultat d’une écriture fine et intelligente. C’est vraiment une belle découverte.

Je suis à présent à la moitié du dernier tome, et je suis déjà morose à l’idée de quitter cette famille québécoise … c’est pour ça que j’aime tant le format « chronique », j’aime suivre les personnages, je m’attache à eux, je suis heureuse de les retrouver le soir, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire.

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A noter : le premier tome est à 80% constitué de dialogues québécois, et je conçois que ça peut être indigeste pour ceux qui n’ont pas trop l’habitude de cette « parlure ».

Bon je voulais vous en présenter quelques-uns de plus, mais j’ai déjà beaucoup beaucoup palabré alors je vais m’arrêter là pour cette année ! Je sais très bien que vous ne lisez plus quand c’est trop long, ne niez pas, je le sais !

Je vous laisse en remerciant tous ceux qui ont participé au petit concours de la semaine dernière organisé en partenariat avec la Maison Eliza, et je félicite Sandrine du blog Un livre dans ma Valise qui a remporté le livre Une Italie (vidéo du tirage au sort disponible sur la page facebook du blog)

Et n’oubliez pas …

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Et si vous aimez les polars, je vous conseille l'article de Virginie sur le blog Les Aventures d'Arthur et Thibaut

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7 commentaires sur “Des livres et moi #2

  1. Merci du clin d’oeil (qui prouve que j’ai lu jusqu’au bout ! 😉 )
    C’est vrai qu’on ne lit pas les mêmes genres… Et je crois que je ne vais pas m’en sortir en plus,on m’en a conseillé des nouveaux ! 😀 J’aime bien les polars, c’est sanglant et glauque souvent, mais je n’aime pas les livres tristes (comme les films d’ailleurs).. Je lis pour me divertir et je n’aime pas quand c’est trop triste (oui pour moi se faire trucider par la femme du cousin Machin n’est pas triste… je suis pleine de contradictions !!) . Du coup, les livres comme la Famille Fang ou l’invitée du soir ne me disent trop rien. Je garde Indian Creek par contre, je te redirai !

    1. Je comprends ce que tu veux dire, un polar c’est pas triste, c’est vrai, c’est effectivement plutôt glauque 🙂 Moi c’est le contraire, je ne peux pas lire un polar parce que sinon tu peux être sûre que je vais attendre toute la nuit qu’un psychopathe rentre dans la maison !! C’est comme les trucs du genre Esprit Criminel et tout ça, je peux les regarder sinon c’est l’insomnie assurée : ça me fait devenir complètement parano ! Sinon, c’est vrai que l’invité du soir c’est triste mais la Famille Fang, non, c’est super étrange mais triste je ne crois pas. Et re-sinon je suis sûre qu’Indian Creek te plairait beaucoup 🙂

  2. J’adoooore les articles sur les bouquins !
    Dès que j’ai fini ma pile de nombreux livres (je viens de compter, il me reste 4 bouquins et demi en suspens, je vais pas y arriver avant la fin de l’année !) qui attendent leur tour, je pense emprunter Indian Creek 🙂
    Cette année, j’ai peu lu de romans… Je n’y arrivais pas. Généralement, je me tourne vers les BD, quand ça bloque !

    1. oui c’est ce que je fais aussi. Quand plus rien ne m’inspire, hop je tope une BD, généralement Jac en a 12 en attente de son côté du lit … j’ai pas besoin d’aller bien loin pour en trouver une 🙂
      Tu me diras ce que tu as pensé d’Indian Creek alors …

  3. Ha super pour toutes ces pistes de lecture !

    Je n’ai pas lu tes précédents articles sur ce thème, donc ce que je vais dire ne servira peut-être à rien s’il s’avère que tu en as déjà parlé, mais si tu aimes les chroniques, je te conseille « Les Chroniques de San Francisco ». J’ai adoré.

    Isabelle

    1. Voilà un bon conseil c’est vrai …. mais effectivement j’ai déjà lu les Chroniques de San Francisco jusqu’au dernier tome, j’en avais parlé l’année dernière… et c’est vrai que c’est un régal 🙂

Un commentaire = un gâteau au chocolat (non c'est pas vrai mais laissez nous un petit mot quand même)