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Etats-UnisMontana

On a vu Three Forks

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En quittant le Yellowstone, nous ne savions pas quoi faire : l’embarras du choix est parfois la meilleure façon de faire n’importe quoi. Et c’est exactement ce que nous avons fait.

Nous sommes sortis du Parc par le nord, ne jetant aux bassins de Mammoth Hot Springs qu’un rapide coup d’œil. La nostalgie de quitter ce lieu, dont nous avions rêvé si longtemps, nous hantait ; nous avions besoin de nous en éloigner le plus vite possible, de passer à autre chose.

Oui, mais passer à quoi ?

Nous nous dirigions donc vers le Montana. Les collines qui habillent les environs de Gardiner n’ont rien à voir avec les paysages du Yellowstone. Les flancs sont nus, la terre sombre et sèche… comme brulée. Il semble que la nature ait dessiné une frontière nette autour du Yellowstone. Nous sommes passés, au détour d’un lacet, d’un paysage vert et forestier à un désert hostile.

À notre arrivée à Gardiner, il fait chaud, le soleil déshydrate tout ce qui ose croiser son chemin, et le vent, empreint d’une odeur de friture, nous pousse vers les portes d’un fastfood surclimatisé.

Devant nos burgers, il va falloir prendre une décision.

Où allons-nous ?

De nulle part à Three Forks

Nous décidons de suivre la rivière Yellowstone jusqu’à Livingston, et d’aviser là-bas.

Kilomètre après kilomètre, nous ouvrons grands les yeux sur le Montana, 4e État visité de notre voyage. Les rares campings au bord de la Yellowstone affichent complet. Nous arrivons à Livingston, comme nous avons quitté Gardiner, sans plan.

C’est alors que le souvenir du violent orage qui nous a maintenus éveillés Jac et moi une bonne partie de la nuit précédente se rappela à nous : nous sommes crevés et sales, nous voulons une douche et un lit.

Et les filles ne furent pas contre un chouia de confort après huit nuits sous la tente.

Jac négocia alors une chambre de motel à l’entrée de Livingston.

C’est une chose que ce voyage lui a apprise : la négociation des nuitées dans les motels de 2e zone ! Je ne sais pas si ça lui resservira souvent, mais ça nous a permis d’économiser quelques dollars tout au long du voyage… Au moins, de quoi nous offrir deux ou trois cafés

Ainsi, avant 18 h, nous ouvrîmes la porte d’une chambre banale-moche, au premier étage d’un bâtiment qui embaumait le chlore à cause de la piscine située au rez-de-chaussée.

Pendant que je profitais allègrement de la douche, Jac et les filles sont partis se jeter dans la piscine. Depuis la chambre, je pouvais les entendre s’agiter dans l’eau, et rapidement, je reconnus le son caractéristique de l’Atomic Bubble de Jac, et je décidai de rester encore un peu dans la chambre, au moins jusqu’au moment où ils reviendraient après s’être fait ramener à l’ordre par un concierge, ou quelque chose du genre.

Ce qui n’arriva jamais.

Et ce qui n’arriva pas non plus le soir même quand un petit garçon décida de hurler dans la piscine jusqu’à 23 h 30… [bonhomme blasé]

De Livingston, je ne vous dirai pas grand-chose, car je n’en ai pas vu grand-chose… Le lendemain, nous prenions déjà la route pour l’au-delà… comprendre une destination inconnue.

À Bozeman, nous dûmes nous rendre à l’évidence, il n’y avait pas de camping dispo dans le coin… aussi, un resto italien plus tard, nous étions sur la route de Three Forks.

Three Forks, c’est ce lieu que nous n’avions pas vu venir, dont nous ne connaissions rien, et que nous ne rencontrâmes qu’une fois en son sein.

Ville-rue ayant échappé, comme de très nombreuses cités américaines, à toute réflexion urbanistique, Three Forks ne séduit pas au premier abord… ni au deuxième d’ailleurs !

1+2+3 = La Rivière Missouri

Oui, mais voilà, la ville tire son nom, non pas de trois fourchettes égarées dans un ranch, mais de trois rivières mythiques : la Gallatin, la Madison, et la Jefferson, qui se rejoignent ici pour devenir, dans le Missouri Headwaters State Park, la rivière Missouri, le plus long fleuve de l’Amérique du Nord.

Ce site était considéré comme sacré par les tribus amérindiennes, qui pouvaient être amenées à s’y rencontrer à différentes périodes de l’année. Et c’est tout près de Three Forks que la jeune Shoshone, Sacagawea, célèbre pour avoir guidé l’expédition de Lewis et Clark, fut enlevée à l’âge de 12 ans par le peuple des Minnetarees. Elle fut mise en jeu quelques années plus tard et gagnée par un français, Toussaint Charbonneau ; c’est lui qui présenta Sacagawea aux explorateurs.

Si le destin de Sacagawea nous avait déjà été conté trois ans auparavant lorsque nous avions remonté la Columbia river, sa légende est ici très forte, nombreux sont les lieux qui racontent son histoire aux visiteurs d’un jour, et la rappellent aux habitants de toujours.

C’est ainsi qu’entre les rivières et les légendes d’explorateurs, et de chercheurs d’or, nous avons passé 3 jours.

Trois délicieuses journées faites de balades improvisées, de cours d’eau tumultueux, et de fantômes.

Villes fantômes et fantomatiques balades

L’apogée de ce triathlon touristique fut atteint lors de notre découverte de Nevada City et Virginia City. C’est en descendant la Madison River que nous avions entre aperçu un panneau indiquant ces « Ghost town », vestiges de la ruée vers l’or du XIXe siècle.

S’en sont suivies plusieurs heures de visite et d’enchantement. Moi qui n’ai jamais rien compris aux westerns, dont les scenarii poussiéreux m’échappent toujours, je passai alors un merveilleux moment, me replongeant dans les décors de la « Petite Maison dans la Prairie » (dont je connais le scénario de chaque épisode par cœur) avec nostalgie.

Si Virginia City est une « vraie ville » western, Nevada City, comme on la découvre aujourd’hui, est une création, une sorte de musée à ciel ouvert : c’est un ensemble de bâtiments venus de toute la région, qui ont été remontés et restaurés pour récréer un village.

Mais ça marche. Nous avions, comme tous les autres visiteurs, envie d’y croire, envie de nous projeter, de humer l’ambiance de ce temps, que même les centenaires ne peuvent pas connaitre.

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Manoir en restauration, Nevada City

Sur le chemin du retour, nous fîmes une « pause glace » à Virginia City, une ghost town aux faux airs de centre commercial… à moins que ce ne soit le contraire…

Intérieur des boutiques de Virginia City…

 

En rentrant à Three Forks, un dernier panneau nous fit bifurquer.

Pony.

J’avais lu quelque part que le village comptait parmi les ghost town de la région. Aussi, avons-nous tourné sur la route de Pony, sans réfléchir, une dernière visite, une dernière balade avant l’orage… voilà ce que nous espérions.

Pony est effectivement une ghost town. Mais une vraie. Mais, pas une ville fantôme pour touristes comme Nevada City, mais une ville fantôme, tout court.

Ici, rares sont les maisons qui tiennent encore debout… et, nous avons longé l’unique rue de la ville, un peu honteux, le malaise au ventre.

Pour couronner le tout, surpris par cette découverte, nous nous sommes enfoncés sur un chemin étroit et rocailleux qui ne menait nulle part ; croisant une dernière maison en ruine, dont le jardin ressemblait, comme souvent dans les lieux isolés, à une décharge.

Un drapeau américain flottait au-dessus de la porte d’entrée ; porte qui n’ouvrait plus que sur un espace en plein ciel.

God save America. Ou pas.

C’est bien sous un orage infernal que nous sommes revenus à la tente. Dans l’impossibilité de nous faire à manger, nous sommes allés avaler une pizza dans l’unique rue commerciale de Three Forks.
Ici point de touriste (à part nous), mais des pizzas géantes, des cocas trop sucrés, et des Américains un peu bruyants. La vie normale quoi.

Nous étions bien. Il nous restait encore une journée à Three Forks, mais nous savions déjà que ce coin du Montana nous manquerait, et que nous y repenserions souvent.

Quand le vent souffle sur les plaines américaines …

(titre inspiré de la Tribu de Dana – Honte sur moi !)

Le lendemain, nous avons erré de rivière en rivière, revenant sur la Madison river, puis la Jefferson, pour revenir à la Madison un peu plus loin, pour terminer au Missouri Headwaters State Park, notre découverte du premier jour.

Nous retrouvâmes là Nicolas, un Allemand vivant ici, dont nous avions fait la connaissance deux jours auparavant. Il avait donné quelques conseils à Jac, et il était ravi, en cette fin d’après-midi, de nous revoir et de faire un brin de causette sur les parties de pêche de Jac.

Trois jours que nous étions ici, comme des poissons dans l’eau. Et il allait falloir le quitter.

Le soleil se couchait sur la plaine, un vent chaud soufflait légèrement, et nous sommes montés sur la colline profiter de la lumière rasante. Le spectacle fut ensorcelant, et le chemin du retour fut difficile à prendre.

Nounou et moi traînions, cherchant à profiter encore un peu, cherchant à gratter une seconde par ci, une seconde par là : une dernière photo pour « se souvenir », un dernier regard sur le paysage pour en ramener un petit bout avec nous.

Dès lors, nous sûmes que ce coin du Montana nous manquerait, que nous y repenserions souvent… et qu’il resterait comme l’aparté le plus intense de ce voyage.

Le lendemain, nous démontions la tente, nous rangions les Gogo Squeez au fond du coffre, et nous nous lancions dans une descente improbable vers Las Vegas.

Nous venions de vivre le meilleur du voyage, nous allions découvrir le pire.

To be continued.

Le Montana en vrac…

 

7 comments
  1. Ange & Like

    En lisant, je m’attendais à voir surgir Laura Ingalls et j’ai eu la musique de la petite maison dans la prairie qui m’est venue en tête… Et maintenant je ne peux plus m’en débarrasser. C’est malin 🙂 !!! #FlashBackDeMalade

    1. mitchka

      LOL … c’est vrai qu’on n’a pas arrêté de se le dire quand on était dans le coin … enfin surtout moi, parce que je ne pense que Jac ait déjà un épisode entier de la Petite Maison dans la Prairie ^^

  2. chachaaventuriere

    Ils sont fort quand même ces ricains avec leur reconstitution du far west
    Tes photos sont sublimes comme d’hab, ta balade super agréable à lire
    Trop contente de t’avoir retrouvé ici

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